Le sujet met en tension le principe libéral de tolérance et la survie même du régime qui le pose : défendre les adversaires de la liberté peut la détruire. « Refuser » vise aussi bien celui qui renonce à la sienne que celui qui veut supprimer celle des autres.
Une société libre doit-elle accorder les mêmes droits à ceux qui veulent l'abolir, ou peut-elle limiter la liberté au nom de la liberté sans se renier ?
Le plan en trois parties
Oui : la liberté ne se divise pas
- Nul ne peut être contraint tant qu'il ne nuit pas à autrui, quelles que soient ses opinions.Mill, De la liberté
- Une loi qui excepte certains cesse d'être générale et perd sa légitimité.Rousseau, Du contrat social, II
- Le respect dû à la personne ne dépend pas de la valeur de ses idées.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Non : une tolérance illimitée se détruit
- Tolérer les intolérants revient à laisser détruire les conditions de la tolérance.Popper, La Société ouverte et ses ennemis
- La liberté politique suppose des institutions qui se protègent des pouvoirs illimités.Montesquieu, De l'esprit des lois, XI
- La servitude consentie s'étend d'elle-même quand rien ne la contrarie.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
Défendre la liberté, c'est protéger ses conditions, non ses seuls usages
- L'aliénation volontaire est nulle en droit : on ne peut renoncer valablement à sa qualité d'homme.Rousseau, Du contrat social, I, 4
- C'est l'espace public de discussion qu'il faut préserver, et non chaque opinion prise isolément.Habermas, L'Espace public
- Ma liberté n'a de sens que si je veux aussi celle des autres, y compris de ceux qui la méprisent.Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté
Si l'on ne protège que les conditions du débat, qui doit décider de ce qui menace ces conditions, sans devenir à son tour le juge des opinions ?