Être auteur, c'est être à l'origine, ce qui engage l'imputation morale et juridique ; l'adjectif « seul » exclut toute cause partagée. Or mes actes procèdent aussi d'une éducation, d'une société et d'un corps.
Puis-je revendiquer une origine exclusive de mes actes, ou l'imputation suppose-t-elle seulement que j'en réponde, sans que j'en sois l'unique cause ?
Le plan en trois parties
Je me sens l'auteur de ce que je fais
- L'expérience du libre arbitre est immédiate et ne se démontre pas plus qu'elle ne se réfute.Descartes, Méditation quatrième
- La conscience d'être obligé atteste que je pouvais agir autrement.Kant, Critique de la raison pratique
- Refuser cette paternité, c'est le plus souvent se donner une excuse.Sartre, L'Être et le Néant
Mais mes actes ont des causes que je n'ai pas choisies
- La conscience ne saisit que le dernier maillon de la chaîne causale.Spinoza, Éthique, I, appendice
- Des motifs inconscients agissent à mon insu et empruntent le langage de mes raisons.Freud, Introduction à la psychanalyse
- Les hommes font leur histoire dans des circonstances qu'ils n'ont pas choisies.Marx, Le 18 Brumaire
Être auteur, c'est répondre de ce qu'on n'a pas entièrement produit
- L'homme capable s'attribue son acte sans prétendre en être la cause exclusive.Ricœur, Soi-même comme un autre
- La liberté reprend une situation donnée plutôt qu'elle ne la crée de rien.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- L'acte libre exprime l'histoire entière d'une personne, donc tout ce qui l'a faite.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
Si l'on peut répondre d'un acte sans en être l'unique cause, jusqu'où une société peut-elle punir sans avoir d'abord examiné ce qui a rendu la faute probable ?