Le désir est à la fois ce qui nous meut et ce qui nous emporte : il semble tantôt exprimer notre vouloir le plus propre, tantôt nous en déposséder. Le mot « ennemi » suppose une extériorité qu'il faut interroger.
Le désir asservit-il la volonté, ou est-il l'énergie sans laquelle aucune liberté n'aurait de contenu ?
Le plan en trois parties
Le désir aliène la volonté
- L'homme dominé par ses affects passe d'un objet à l'autre sans se posséder.Spinoza, Éthique, IV
- Agir par inclination, c'est obéir à une nature, non à une loi que l'on se donne.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Nos désirs viennent de plus loin que nous : ils ne sont pas notre œuvre.Freud, Introduction à la psychanalyse
Mais une volonté sans désir serait vide
- Sans désir, rien ne mettrait la délibération en mouvement : le choix suppose un attrait.Aristote, Éthique à Nicomaque, III
- Les motifs inclinent sans nécessiter : un désir n'est pas une chaîne.Leibniz, Essais de théodicée
- L'acte libre exprime la personne tout entière, désirs compris, et non une raison désincarnée.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
La liberté consiste à faire de ses désirs les siens
- Comprendre ses affects, c'est cesser de les subir et augmenter sa puissance d'agir.Spinoza, Éthique, V
- Distinguer ce qui dépend de nous permet de désirer sans se livrer au hasard.Épictète, Manuel, I
- Le sujet capable est celui qui s'attribue ses désirs comme siens au lieu de les subir en tiers.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si la liberté consiste à faire siens ses désirs, que penser d'une économie qui a pour métier de fabriquer nos désirs avant nous ?