S'engager, c'est lier son avenir par une promesse, un contrat, une cause : on restreint volontairement ses possibles. Le paradoxe est que cette restriction procède d'un acte libre, ce qui interdit de la confondre avec une contrainte subie.
L'engagement détruit-il la liberté en fermant l'avenir, ou est-il l'acte par lequel une liberté cesse d'être indéterminée pour devenir réelle ?
Le plan en trois parties
S'engager, c'est se lier et donc se priver
- La liberté comme pouvoir indéterminé se perd dès que l'on choisit : tout engagement exclut.Descartes, Méditation quatrième
- L'engagement crée des obligations qui limitent ensuite ce que je peux faire.Hobbes, Léviathan, XXI
- L'appartenance à un groupe peut dissoudre le jugement personnel dans une fidélité aveugle.Popper, La Société ouverte et ses ennemis
Mais refuser de s'engager n'est pas être libre
- Ne pas choisir est encore un choix, et souvent une fuite devant la responsabilité.Sartre, L'Être et le Néant
- Une liberté purement disponible reste une puissance vide, sans effet sur le monde.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- L'indifférence permanente est le plus bas degré de la liberté, non sa perfection.Descartes, Méditation quatrième
L'engagement est la forme accomplie de la liberté
- Promettre, c'est se donner à soi-même une loi pour l'avenir : l'autonomie s'y accomplit.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Se vouloir libre, c'est s'engager pour la liberté d'autrui, faute de quoi la sienne est vide.Beauvoir, Pour une morale de l'ambiguïté
- C'est en agissant avec d'autres que l'on devient effectivement libre, et non en se réservant.Arendt, Condition de l'homme moderne
Si l'engagement accomplit la liberté, comment juger celui qui, ayant promis, découvre que sa promesse le contraint à trahir ce qu'il croit juste ?