La pensée paraît le domaine où nul ne peut nous atteindre, mais elle s'exerce dans une langue, une culture et des cadres reçus. « Librement » vise à la fois l'absence de censure et l'absence de préjugé.
La pensée est-elle par nature libre, ou n'est-elle libre qu'à condition de se libérer de ses propres présupposés et des conditions sociales de son exercice ?
Le plan en trois parties
La pensée semble une liberté inexpugnable
- Nul ne peut m'empêcher d'assentir ou de refuser intérieurement.Descartes, Méditation quatrième
- Le jugement relève de ce qui dépend de nous, quoi qu'il arrive au corps.Épictète, Manuel, I
- Penser, c'est dire non : le refus est toujours possible.Alain, Propos sur les pouvoirs
Mais la pensée est traversée de déterminations
- Nous jugeons à partir de causes que nous ignorons et que nous prenons pour des raisons.Spinoza, Éthique, I, appendice
- Les représentations dominantes d'une époque sont d'abord celles de ceux qui la dominent.Marx, L'Idéologie allemande
- Le conformisme démocratique exerce sur les esprits une pression plus efficace que la censure.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
Penser librement est une conquête publique
- L'usage public de la raison est le moyen par lequel une société s'éclaire.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
- Une opinion non contredite dégénère en préjugé : la liberté de penser exige la controverse.Mill, De la liberté
- La discussion réglée dans un espace public est la condition d'une pensée non captive.Habermas, L'Espace public
Si penser librement suppose d'être contredit, que devient la liberté de pensée dans des espaces qui ne nous exposent qu'à ce que nous croyons déjà ?