Le soi désigne ici à la fois ce qui m'appartient en propre et ce qui pèse sur moi : caractère, habitudes, passions, passé. Se libérer de soi serait donc se délivrer de ce qui, en moi, ne dépend pas de moi.
La liberté consiste-t-elle à s'affranchir de ce que je suis, ou au contraire à m'y reconnaître et à l'assumer ?
Le plan en trois parties
Le premier obstacle à ma liberté est en moi
- Les passions asservissent plus sûrement que les maîtres extérieurs.Spinoza, Éthique, IV
- Se réclamer de sa nature ou de son caractère est le refuge ordinaire de la mauvaise foi.Sartre, L'Être et le Néant
- Des mobiles ignorés parlent en moi et se font passer pour ma volonté.Freud, Introduction à la psychanalyse
Mais une liberté sans soi n'est plus la liberté de personne
- L'acte libre est celui qui ressemble à toute la personne : s'en détacher, c'est le rendre arbitraire.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- La liberté s'exerce depuis un corps et une histoire qu'elle ne peut pas survoler.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- L'homme capable est celui qui peut s'attribuer son passé, non celui qui le répudie.Ricœur, Soi-même comme un autre
Se libérer de soi, c'est se donner une loi à soi-même
- L'autonomie n'abolit pas le sujet : elle substitue sa loi à ses penchants.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Comprendre ses affects transforme la passion en action sans supprimer l'affect.Spinoza, Éthique, V
- Distinguer ce qui dépend de moi me rend maître de mon jugement, non étranger à ma vie.Épictète, Manuel, I
Si se libérer de soi, c'est se donner sa loi, comment savoir que cette loi vient bien de moi et non de ce qu'on m'a appris à vouloir ?