L'adverbe « trop » introduit une mesure là où la liberté est souvent pensée comme un absolu : il suggère un excès nuisible. Il faut distinguer l'excès de permission, l'excès d'indépendance et l'excès d'indétermination.
La liberté peut-elle se retourner contre elle-même lorsqu'elle n'est plus limitée, ou bien toute limitation la diminue-t-elle nécessairement ?
Le plan en trois parties
La liberté ne semble pas admettre d'excès
- Elle est un droit dont la seule limite est la liberté d'autrui : au-delà, on ne parle plus de liberté.Mill, De la liberté
- L'autonomie ne se mesure pas en quantité : on se donne sa loi ou on la subit.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Dire « trop libre » est souvent l'argument des pouvoirs qui veulent restreindre les droits.Popper, La Société ouverte et ses ennemis
Pourtant la liberté sans loi se détruit elle-même
- Le droit illimité de chacun sur tout rend la vie de tous précaire : la licence ruine la sécurité.Hobbes, Léviathan, XIII
- Sans loi commune, la liberté du plus fort supprime celle des autres.Locke, Second traité du gouvernement civil
- L'indifférence, ce pouvoir de choisir sans raison, est le plus bas degré de la liberté, non son sommet.Descartes, Méditation quatrième
Ce qu'on nomme « trop de liberté » est un défaut de liberté
- Suivre tous ses désirs, c'est obéir à ses passions : l'excès apparent est une servitude.Spinoza, Éthique, IV
- L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite n'ôte rien à la liberté : elle la constitue.Rousseau, Du contrat social, I, 8
- L'angoisse devant l'absence de repères n'est pas un excès de liberté mais la difficulté de l'assumer.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Si ce que l'on appelle excès de liberté est en réalité une servitude, à quels signes reconnaître qu'une société protège la liberté plutôt qu'elle ne la restreint ?