« Tolérable » n'est pas « acceptable » : on tolère ce que l'on désapprouve sans le combattre. Le sujet demande donc s'il existe des injustices que la prudence, la paix ou l'impossibilité pratique commandent de supporter.
La tolérance à l'égard de certaines injustices est-elle une sagesse politique ou une complicité qui ruine l'exigence de justice ?
Le plan en trois parties
Oui : supporter certaines injustices évite des maux pires
- Mieux vaut une loi imparfaite qu'un retour à la guerre de tous contre tous.Hobbes, Léviathan
- La coutume tient les sociétés ensemble ; la contester partout serait les ébranler sans profit.Pascal, Pensées
- La réforme progressive épargne des violences que la table rase entraîne.Tocqueville, De la démocratie en Amérique
Non : tolérer l'injustice, c'est la reconduire
- Se rendre complice par son silence revient à prêter son corps à la machine injuste.Thoreau, La Désobéissance civile
- L'habitude d'obéir transforme l'injustice en évidence et en supprime jusqu'au sentiment.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
- Une loi d'une injustice insupportable perd son caractère de droit et ne saurait être tolérée.Radbruch, Injustice légale et droit supralégal
Ce n'est pas l'injustice qui est tolérable, ce sont les délais de sa réparation
- On peut hiérarchiser les injustices et traiter d'abord les plus criantes sans les déclarer acceptables.Sen, L'Idée de justice
- Certaines inégalités sont justifiables si elles améliorent le sort des plus défavorisés : elles ne sont alors pas des injustices tolérées.Rawls, Théorie de la justice
- L'équité permet de reconnaître qu'une règle est provisoirement inadaptée sans détruire la règle.Aristote, Éthique à Nicomaque V, 14
Qui décide de l'ordre des urgences en matière de justice, et cette décision peut-elle elle-même être juste ?