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Lycée · Terminale · Philosophie

La justice et le droit

Fondements, légitimité et limites de la loi — programme de Terminale (La morale et la politique)

À propos de cette page
Ce lexique sur « La justice et le droit » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Trois sens d’un même mot, Droit naturel, droit positif : deux façons de fonder la loi, La justice n’est-elle que la force qui a réussi ?, Distribuer : égalité, proportion, équité. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

Justice

Conformité à ce qui est dû. Le terme désigne selon le contexte une vertu individuelle, l’institution judiciaire, ou la norme idéale au nom de laquelle on évalue les lois.

Synonymes

  • Droiture — qualifie l’intention du sujet, alors que la justice peut qualifier une institution impersonnelle
  • Équité — n’est qu’une espèce de justice : celle qui corrige la loi, non celle qui l’applique

Antonymes

  • Injustice — n’est pas l’absence de justice mais sa violation : elle suppose une norme reconnue
  • Arbitraire — désigne une décision sans règle, tandis qu’une décision injuste peut suivre une règle mauvaise

À ne pas confondre

  • Charité — la justice rend ce qui est dû, la charité donne ce qui n’est pas dû
  • Légalité — la légalité constate la conformité à la loi, la justice évalue la loi elle-même

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la dikè est d’abord l’ordre qui assigne à chacun sa place, dans la cité comme dans le cosmos · Rome : suum cuique tribuere, attribuer à chacun le sien, définition d’Ulpien passée dans tout le droit occidental · âge classique : la justice devient produit du contrat (Hobbes) ou expression de la volonté générale (Rousseau) · XXe siècle : elle redevient un critère d’évaluation des institutions (Rawls, Sen) · usage courant : « la justice » désigne surtout l’appareil des tribunaux, glissement qu’une copie doit refuser d’entériner.

Ce que le mot permet d'écrire — Ouvrir toute dissertation sur la notion en séparant les trois sens : c’est l’écart entre eux qui fait le problème. Sur « La justice n’est-elle qu’un idéal ? », la réponse dépend entièrement du sens retenu.

Droit

Ensemble des règles obligatoires sanctionnées par une autorité publique (droit objectif) ; prérogative reconnue à un individu par ces règles (droit subjectif).

Synonymes

  • Législation — ne recouvre que les lois écrites, quand le droit inclut coutume et jurisprudence
  • Norme — terme plus large : toute norme n’est pas juridique, et la sanction publique manque à la norme morale

Antonymes

  • Fait — le fait est ce qui est, le droit ce qui doit être — d’où le repère en fait / en droit
  • Force — la force obtient l’obéissance, le droit prétend à l’obligation

À ne pas confondre

  • Morale — le droit règle les actions extérieures et contraint ; la morale oblige la volonté intérieure
  • Justice — le droit est un fait historique, la justice la norme qui l’évalue

Selon l'époque et le point de vue — Romains : le jus est l’art du bon et de l’équitable, science des jurisconsultes · Moyen Âge : le droit humain est subordonné à la loi naturelle, elle-même dérivée de la loi éternelle (Thomas) · XVIIe siècle : le droit subjectif prend le pas, chaque individu est porteur de droits antérieurs à l’État (Grotius, Locke) · XIXe siècle : le positivisme juridique refuse toute norme au-dessus du droit posé · aujourd’hui : coexistence conflictuelle d’un droit national et d’un droit international des droits humains.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet d’écrire « en un premier sens… en un autre sens… » : le droit comme ce qui est en vigueur, puis le droit comme ce qui est légitime. Indispensable sur « Le droit est-il la mesure des actions justes et injustes ? ».

Loi

Règle générale, impersonnelle et obligatoire, édictée par une autorité compétente et assortie d’une sanction.

Synonymes

  • Règle — peut être privée ou technique ; la loi est publique et contraignante
  • Décret — acte particulier de l’exécutif, il n’a ni la généralité ni la légitimité de la loi

Antonymes

  • Exception — ne nie pas la loi mais la suspend, ce que l’équité fait au nom même de la justice
  • Anarchie — absence de pouvoir commun, à ne pas confondre avec l’injustice d’une loi existante

À ne pas confondre

  • Loi scientifique — elle décrit un rapport constant et ne peut être violée ; la loi juridique prescrit et peut l’être
  • Commandement — le commandement vise un individu, la loi vaut pour tous, y compris son auteur

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le nomos s’oppose à la physis, l’institué au naturel — opposition que Calliclès exploite · Montesquieu : les lois sont « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », elles dépendent du climat, des mœurs, du commerce · Rousseau : la loi n’oblige que si elle exprime la volonté générale, c’est-à-dire si l’on est l’auteur de ce à quoi l’on obéit · Kant : la loi juridique rend compatibles les libertés extérieures · usage courant : « la loi », au singulier, désigne vaguement l’ensemble des contraintes légales.

Ce que le mot permet d'écrire — Le couple loi / volonté générale débloque tous les sujets sur l’obéissance. Sur « Suffit-il de connaître la loi pour savoir ce qui est juste ? », la généralité de la loi est précisément ce qui la rend aveugle au cas particulier.

Droit naturel

Ensemble de normes tenues pour valables indépendamment de toute institution positive, et servant de critère pour juger les lois établies.

Synonymes

  • Loi non écrite — formule tragique (Antigone) qui souligne l’antériorité, non la rationalité de la norme
  • Droits de l’homme — version moderne et déclarée, donc paradoxalement positivée, du droit naturel

Antonymes

  • Droit positif — tire sa validité d’une procédure d’édiction, non d’un contenu rationnel
  • Conventionnalisme — thèse selon laquelle toute norme n’est qu’un accord révocable

À ne pas confondre

  • État de nature — hypothèse sur ce qui précède l’État, alors que le droit naturel est une norme, valable aussi dans l’État
  • Loi naturelle des sciences — homonymie trompeuse : l’une prescrit, l’autre décrit

Selon l'époque et le point de vue — Stoïciens et Cicéron : la droite raison conforme à la nature, la même à Rome et à Athènes · Thomas : participation de la créature rationnelle à la loi éternelle · XVIIe siècle : sécularisation, le droit naturel vaudrait « même si Dieu n’existait pas » (Grotius) · critique : Hobbes le réduit au droit de se conserver, Bentham y voit « du non-sens sur des échasses », Marx l’expression d’intérêts de classe · XXe siècle : retour du naturalisme juridique après Nuremberg, sous le nom de dignité humaine.

Ce que le mot permet d'écrire — C’est le pivot de toute deuxième partie sur « une loi peut-elle être injuste ? ». Sans droit naturel, la question n’a pas de sens ; avec lui, il faut dire d’où il tire sa validité.

Droit positif

Droit effectivement en vigueur dans une société déterminée, tenant sa validité de la procédure par laquelle il a été posé et non de son contenu.

Synonymes

  • Droit en vigueur — insiste sur l’effectivité, non sur le mode de validation
  • Légalité — désigne la conformité à ce droit, non le droit lui-même

Antonymes

  • Droit naturel — prétend valoir avant et au-dessus de toute institution
  • Coutume — s’oppose au droit écrit mais fait souvent partie du droit positif, ce qui interdit de les identifier

À ne pas confondre

  • Justice — un droit positif peut être intégralement appliqué et intégralement injuste — c’est le cas des lois raciales
  • Fait — le droit positif est un fait social, mais il énonce des obligations, donc du normatif

Selon l'époque et le point de vue — Sophistes : les lois sont des conventions variables, donc sans autorité naturelle · Hobbes : auctoritas non veritas facit legem, c’est l’autorité et non la vérité qui fait la loi · XIXe siècle : le positivisme juridique érige cette thèse en science du droit · Kelsen : la validité d’une norme vient d’une norme supérieure, jusqu’à une norme fondamentale supposée · après 1945 : la formule de Radbruch admet qu’une loi d’une injustice insupportable cesse d’être du droit.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de sortir du faux débat « la loi est-elle juste ? » en le reformulant : la validité d’une norme dépend-elle de sa source ou de son contenu ? C’est la vraie question de « Suffit-il de connaître la loi pour savoir ce qui est juste ? ».

Équité

Correction de la loi générale dans les cas où son application littérale produirait une injustice, en raison même de sa généralité.

Synonymes

  • Impartialité — porte sur l’attitude du juge, quand l’équité porte sur le contenu de la décision
  • Modération — psychologise à tort ce qui est une exigence juridique, non un tempérament

Antonymes

  • Légalisme — applique la règle sans égard au cas, ce qui peut être formellement juste et concrètement injuste
  • Arbitraire — s’écarte de la loi sans raison, alors que l’équité s’en écarte au nom de l’intention de la loi

À ne pas confondre

  • Égalité — l’égalité applique la même règle à tous, l’équité tient compte des différences de situation
  • Indulgence — l’indulgence remet une peine méritée, l’équité conteste qu’elle soit méritée dans ce cas

Selon l'époque et le point de vue — Aristote : l’epieikeia est « un correctif de la justice légale », rendue nécessaire par le fait que la loi parle en général · droit anglais : l’equity devient une juridiction distincte, chargée de tempérer la common law · droit français : l’équité n’est pas une source du droit, mais elle irrigue les circonstances atténuantes et l’individualisation des peines · usage courant : l’équité est confondue avec un partage « équitable », c’est-à-dire égal — contresens exact.

Ce que le mot permet d'écrire — Arme décisive contre les sujets qui identifient justice et égalité. Sur « L’égalité garantit-elle la justice ? », elle fournit la deuxième partie tout entière.

Égalité

Rapport entre des termes qui reçoivent un traitement identique sous un rapport déterminé ; elle est arithmétique quand les parts sont identiques, proportionnelle quand elles sont fonction d’un critère.

Synonymes

  • Parité — égalité numérique appliquée à la représentation, non au droit en général
  • Isonomie — égalité devant la loi dans la cité grecque, donc politique et non économique

Antonymes

  • Inégalité — n’est injuste que si elle ne repose sur aucun critère pertinent
  • Hiérarchie — suppose un ordre justifié, alors que l’inégalité peut être un simple écart de fait

À ne pas confondre

  • Identité — deux choses égales restent deux, deux choses identiques n’en font qu’une : l’égalité suppose la différence
  • Équité — l’équité corrige parfois l’égalité au nom de la justice

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : l’égalité géométrique de Platon donne plus à qui vaut plus, contre l’égalité arithmétique démocratique · 1789 : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » — égalité juridique, non matérielle · Tocqueville : l’égalité des conditions est le fait générateur de la démocratie moderne, et sa passion dominante · Marx : l’égalité formelle masque l’inégalité réelle · Rawls : l’égalité stricte n’est pas requise, seules les inégalités profitant aux plus défavorisés sont admises.

Ce que le mot permet d'écrire — Toujours demander : égalité de quoi, entre qui, selon quel critère ? La question « Des inégalités peuvent-elles être justes ? » se traite entièrement par cette exigence de précision.

Injustice

Violation de ce qui est dû à quelqu’un, soit par une action, soit par une règle, soit par un état de choses imputable à des décisions humaines.

Synonymes

  • Iniquité — connote la partialité du jugement plus que la lésion subie
  • Tort — terme juridique désignant le dommage réparable, plus étroit que l’injustice morale

Antonymes

  • Justice — l’injustice est première dans l’expérience : on la ressent avant de définir son contraire
  • Réparation — ne supprime pas l’injustice commise, elle en compense les effets

À ne pas confondre

  • Malheur — le malheur frappe sans auteur ; l’injustice suppose une responsabilité, d’où l’erreur de dire la nature injuste
  • Illégalité — une conduite illégale peut être juste, une conduite légale injuste

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : l’adikia est un excès, une démesure qui rompt l’ordre · Job et la tradition biblique : le scandale de l’injustice subie par l’innocent · Rousseau : la plupart des maux sociaux ne viennent pas de la nature mais des institutions · Sen : nous partons du constat d’injustices « manifestement réparables », non d’une définition de la société parfaite · usage courant : on qualifie d’injuste une malchance, ce qui efface la question de la responsabilité.

Ce que le mot permet d'écrire — Sur « La nature est-elle injuste ? », tout se joue ici : un fait sans auteur ni décision ne peut être injuste, mais nos réponses institutionnelles à ce fait, elles, peuvent l’être.

Force

Puissance capable d’imposer un effet, indépendamment de tout consentement. Appliquée à la justice, elle désigne les moyens de contrainte qui assurent l’exécution du droit.

Synonymes

  • Puissance — capacité générale d’agir, quand la force désigne son exercice effectif sur une résistance
  • Contrainte — force exercée sur une volonté, donc déjà rapportée à un sujet

Antonymes

  • Consentement — annule le caractère forcé de l’acte, sans annuler l’obligation
  • Persuasion — obtient l’adhésion et non la seule soumission — d’où le repère persuader / convaincre

À ne pas confondre

  • Violence — la violence est une force illégitime ou excessive ; toute force publique n’est pas violente
  • Autorité — l’autorité obtient l’obéissance sans recourir à la force, et disparaît dès qu’elle doit y recourir (Arendt)

Selon l'époque et le point de vue — Thrasymaque : le juste est l’avantage du plus fort · Pascal : « ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » · Rousseau : céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté — la force ne crée donc aucune obligation · Weber : l’État revendique le monopole de la violence physique légitime · Arendt : la violence détruit le pouvoir au lieu de le fonder.

Ce que le mot permet d'écrire — Cœur des sujets « La justice a-t-elle besoin de la force ? » et « La justice peut-elle se passer de l’usage de la force ? ». Séparer d’emblée force et violence évite la confusion qui ruine ces copies.

Violence

Usage de la force qui excède sa mesure légitime ou s’exerce sans titre, et porte atteinte à l’intégrité d’un être.

Synonymes

  • Brutalité — souligne la manière, non l’illégitimité
  • Agression — suppose une initiative, alors qu’une violence peut être institutionnelle et anonyme

Antonymes

  • Droit — le droit prétend substituer la règle au rapport de forces, mais il s’exécute par la contrainte
  • Non-violence — n’est pas passivité : c’est une forme de lutte, comme chez Gandhi

À ne pas confondre

  • Force publique — réglée par la loi, proportionnée, contrôlée — la violence est précisément ce qui échappe à ces limites
  • Vengeance — la vengeance est une violence qui se croit juste, ce qui la rend indéfinie

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la hybris, démesure qui appelle châtiment · Hobbes : l’état de nature est l’état où la violence n’a pas d’arbitre · Marx et Engels : la violence est « l’accoucheuse de toute vieille société grosse d’une société nouvelle » · Weber : monopole étatique de la violence légitime · Arendt : pouvoir et violence sont opposés, la violence apparaît là où le pouvoir se défait · Bourdieu : la violence symbolique fait accepter la domination par les dominés eux-mêmes.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour montrer que la justice judiciaire n’est pas une violence : elle est réglée, annoncée, mesurée et exercée par un tiers. Sert aussi à nuancer les sujets sur la désobéissance.

Peine

Mal infligé par une autorité publique à l’auteur d’une infraction, en vertu d’une loi antérieure et selon une procédure réglée.

Synonymes

  • Châtiment — connote la dimension morale ou religieuse de l’expiation
  • Sanction — terme plus large : une sanction peut être civile, administrative, voire positive

Antonymes

  • Impunité — désigne l’absence de peine subie, non l’absence de faute
  • Pardon — suppose la faute reconnue, alors que l’acquittement la nie

À ne pas confondre

  • Vengeance — exercée par la victime, sans mesure ni règle antérieure
  • Réparation — la réparation compense la victime, la peine frappe le coupable : elles peuvent diverger

Selon l'époque et le point de vue — Talion biblique : « œil pour œil » est d’abord une limitation de la vengeance, non un encouragement · Kant : la peine est due parce qu’elle est méritée, jamais pour l’exemple · Hegel : elle est le droit du criminel, qui est honoré comme un être rationnel · Beccaria et Bentham : elle ne se justifie que par ses effets préventifs, d’où la proportionnalité · Foucault : la prison moderne substitue au supplice une discipline des corps · aujourd’hui : justice restaurative, qui vise la reconstruction du lien plutôt que la seule rétribution.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de structurer une partie entière sur les fins de la peine : rétribuer, dissuader, réinsérer. Ces trois fins peuvent commander des peines différentes pour un même crime.

Vengeance

Réaction d’une victime ou de ses proches qui rend le mal subi, sans médiation d’un tiers impartial ni limite fixée d’avance.

Synonymes

  • Représailles — terme collectif et souvent international, qui vise un groupe et non un coupable
  • Ressentiment — désigne l’affect qui nourrit la vengeance, non l’acte

Antonymes

  • Pardon — renonce à exiger la dette sans nier qu’elle existe
  • Justice — s’oppose à la vengeance par l’interposition du tiers, non par la douceur de la peine

À ne pas confondre

  • Peine — la peine est publique, mesurée, prononcée par un tiers ; la vengeance est privée et sans terme
  • Légitime défense — contemporaine de l’agression et nécessaire, alors que la vengeance vient après coup

Selon l'époque et le point de vue — Eschyle, Les Euménides : le passage de la vendetta au tribunal d’Athènes est le mythe fondateur de l’institution judiciaire · Bacon : la vengeance est « une sorte de justice sauvage » · Nietzsche : la justice naît de la sphère du droit des obligations, créancier contre débiteur, non d’un idéal · Ricœur : l’institution met une « juste distance » entre la victime et le coupable · droit contemporain : la partie civile est admise au procès, mais elle ne prononce pas la peine.

Ce que le mot permet d'écrire — Le sujet « Demander justice, est-ce réclamer vengeance ? » se traite tout entier ici : reconnaître la continuité affective des deux, puis établir la rupture institutionnelle.

Contrat

Accord de volontés créant des obligations réciproques. En philosophie politique, hypothèse d’un pacte fondateur par lequel des individus instituent l’autorité commune.

Synonymes

  • Convention — plus large : une convention peut être tacite et sans obligation juridique
  • Pacte — solennel et souvent unique, alors que le contrat est un acte ordinaire du droit civil

Antonymes

  • Sujétion — rapport imposé, sans consentement, donc sans obligation morale selon Rousseau
  • Nature — s’oppose au contrat comme l’institué au donné, mais Locke place déjà du droit dans la nature

À ne pas confondre

  • Promesse — unilatérale et morale, le contrat est réciproque et exécutoire
  • Consentement tacite — fiction souvent invoquée pour fonder l’obéissance, et critiquée comme telle par Hume

Selon l'époque et le point de vue — Hobbes : le contrat institue un souverain irrévocable, prix de la sortie de la guerre · Locke : il est révocable si le gouvernement viole les droits naturels, d’où le droit de résistance · Rousseau : chacun s’aliène à tous, donc à personne, et obéit ainsi à lui-même · Hume et Bentham : le contrat est une fiction, la légitimité vient de l’utilité · Rawls : le contrat redevient une expérience de pensée, non un événement — la position originelle · Habermas : ce n’est plus le contrat mais la discussion qui fonde la norme.

Ce que le mot permet d'écrire — Toute copie sur l’origine de l’obligation politique passe ici. Il faut savoir dire que le contrat est une hypothèse de légitimation, non une thèse historique — repère origine / fondement.

Impartialité

Disposition ou dispositif par lequel une décision est prise sans égard aux intérêts particuliers, y compris ceux de celui qui décide.

Synonymes

  • Neutralité — s’abstient de prendre parti, quand l’impartialité tranche mais sans préférence
  • Objectivité — relève de la connaissance, l’impartialité du jugement pratique

Antonymes

  • Partialité — favorise un camp, même sans corruption, par simple proximité
  • Conflit d’intérêts — situation objective qui compromet l’impartialité avant même toute faute

À ne pas confondre

  • Indifférence — l’impartialité peut être passionnée par la justice : elle écarte l’intérêt, non le souci
  • Égalité de traitement — l’impartialité qualifie la procédure, l’égalité le résultat

Selon l'époque et le point de vue — Aristote : le juge est « la justice vivante », il doit être un milieu entre les parties · Adam Smith : le spectateur impartial, instance intérieure qui juge nos actes comme ceux d’un autre · Kant : l’universalisation de la maxime est une procédure d’impartialisation · Rawls : le voile d’ignorance transforme l’impartialité en dispositif — on ne peut favoriser sa place, ne la connaissant pas · aujourd’hui : la récusation, la collégialité et la publicité des débats en sont les garanties institutionnelles.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à montrer que la justice n’est pas d’abord une vertu rare mais un dispositif. Excellente réponse aux sujets qui doutent de la possibilité d’un accord sur le juste.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Légal / légitime

Est légal ce qui est conforme au droit positif en vigueur ; est légitime ce qui est conforme à une norme supérieure — justice, consentement, dignité — qui permet d’évaluer ce droit lui-même.

Ce qu'il débloque — Il débloque tous les sujets où l’on demande si une loi peut être injuste, si l’on peut désobéir, si la légalité suffit à faire le juste. Il est la charnière habituelle entre la première et la deuxième partie.

Exemple — Sur « Suffit-il de connaître la loi pour savoir ce qui est juste ? », il permet d’écrire : la loi donne un critère de légalité, mais la question du juste demande un critère de légitimité que la loi elle-même ne fournit pas — les lois de Nuremberg de 1935 étaient légales.

En fait / en droit

Ce qui est en fait relève du constat ; ce qui est en droit relève de la validité ou de l’exigence. Le passage de l’un à l’autre n’est jamais automatique.

Ce qu'il débloque — Il neutralise l’argument relativiste et l’argument réaliste : la diversité observée des codes ne prouve pas qu’aucune norme ne vaille, et le fait que les puissants l’emportent ne prouve pas qu’ils aient raison.

Exemple — Sur « La justice met-elle fin à la loi du plus fort ? », il permet de répondre : en fait la force continue d’agir dans l’institution, mais en droit l’institution la subordonne à une règle — et c’est cette prétention qui définit le droit.

Identité / égalité / différence

L’identité est le rapport d’une chose à elle-même ; l’égalité un rapport entre choses différentes sous un aspect déterminé ; la différence ce qui subsiste malgré ce rapport.

Ce qu'il débloque — Il empêche l’erreur la plus fréquente sur la notion : croire que traiter également, c’est traiter identiquement. L’égalité suppose la différence, sinon elle n’aurait pas d’objet.

Exemple — Sur « L’égalité garantit-elle la justice ? », il permet de montrer qu’un impôt strictement identique pour tous serait une égalité arithmétique et une injustice distributive, et de faire apparaître l’équité comme le vrai nom de la justice des cas singuliers.

Obligation / contrainte

L’obligation lie la volonté et suppose la reconnaissance d’une raison d’agir ; la contrainte s’exerce sur le corps ou les intérêts et se passe du consentement.

Ce qu'il débloque — Il sert à trancher la question de la force : un droit qui n’obtiendrait qu’une contrainte ne serait qu’un rapport de puissance ; un droit qui n’obtiendrait qu’une obligation sans contrainte serait inefficace.

Exemple — Sur « La justice a-t-elle besoin de la force ? », il permet d’écrire que la force assure la contrainte mais ne produit jamais l’obligation, et que c’est pourquoi une justice purement coercitive perd, à terme, son autorité.

Origine / fondement

L’origine est le commencement de fait, dans le temps ; le fondement est ce qui justifie en droit, indépendamment de la genèse.

Ce qu'il débloque — Il évite le sophisme génétique, qui consiste à discréditer une norme en racontant sa naissance, et il permet de lire correctement les théories du contrat comme des justifications et non des récits.

Exemple — Sur « Le droit est-il la mesure des actions justes et injustes ? », il permet de répondre à Nietzsche : montrer que le sentiment de justice est né du rapport créancier-débiteur éclaire son origine, mais ne dit rien de la valeur de la norme fondée aujourd’hui sur l’égale dignité.

Idéal / réel

L’idéal est ce qui doit être et oriente l’action sans jamais être pleinement réalisé ; le réel est l’état de fait, toujours partiel au regard de l’idéal.

Ce qu'il débloque — Il permet de ne pas conclure de l’imperfection des institutions à l’inanité de la norme, et d’articuler la critique des injustices réelles à une exigence qui les rend visibles comme injustices.

Exemple — Sur « La justice n’est-elle qu’un idéal ? », il permet la troisième partie : c’est précisément parce que la justice est un idéal qu’elle a des effets réels, en fournissant le critère au nom duquel les dominés contestent le droit existant.

Universel / général / particulier / singulier

L’universel vaut pour tous sans exception ; le général pour le plus grand nombre ou dans la plupart des cas ; le particulier pour une classe déterminée ; le singulier pour ce cas-ci, unique.

Ce qu'il débloque — Il éclaire la nature même de la loi : la loi parle en général, or les actes sont singuliers. C’est de cet écart que naissent l’équité et le travail du juge.

Exemple — Sur « Y a-t-il des injustices tolérables ? », il permet de distinguer l’injustice particulière, réparable par l’équité dans l’application, de l’injustice universelle de la règle elle-même, qui exige une réforme de la loi.

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