Le « ne… que » enferme la justice dans le registre du souhaitable, opposé au réel : un idéal serait ce qui n'existe nulle part et guide pourtant l'action. Or la justice est aussi une institution effective, avec des tribunaux et des jugements.
La justice est-elle une simple aspiration sans réalité, ou bien s'incarne-t-elle dans des institutions qui la rendent effective sans jamais l'épuiser ?
Le plan en trois parties
La justice paraît bien n'être qu'un idéal jamais réalisé
- L'histoire est un cimetière d'injustices : aucun ordre réel n'a coïncidé avec le juste.Marx, Manifeste du parti communiste
- Ce qu'on nomme justice n'est souvent que la coutume déguisée en nature, variable d'un pays à l'autre.Pascal, Pensées
- Le nom de justice peut servir à parer d'honnêteté l'avantage des puissants.Platon, République I (Thrasymaque)
Non : la justice existe réellement comme institution
- Le droit positif est un système de normes effectivement en vigueur, indépendamment de sa conformité à un idéal.Kelsen, Théorie pure du droit
- L'institution judiciaire remplace effectivement la vengeance par la parole du tiers.Ricœur, Le Juste
- Les droits de l'homme, fussent-ils imparfaitement garantis, ont produit des effets juridiques réels.Arendt, Les Origines du totalitarisme
La justice est un idéal agissant : elle juge le réel qu'elle transforme
- L'idée de justice fonctionne comme une exigence régulatrice à laquelle on mesure les institutions existantes.Kant, Doctrine du droit
- On peut comparer des états de choses plus ou moins injustes sans disposer d'une société parfaitement juste.Sen, L'Idée de justice
- L'appel de la justice ouverte déborde toujours la justice close des institutions et la pousse en avant.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Un idéal jamais atteint est-il une illusion consolante ou la condition même du progrès juridique ?