Connaître la loi, c'est savoir ce qui est prescrit ; savoir ce qui est juste, c'est pouvoir juger de la valeur de ce qui est prescrit. Le verbe « suffire » interroge l'écart entre une compétence juridique et un jugement moral.
La connaissance du droit positif donne-t-elle la mesure du juste, ou exige-t-elle un jugement supplémentaire, capable d'évaluer la loi et d'en corriger l'application ?
Le plan en trois parties
Oui : la loi fixe ce qui est juste dans la cité
- Sans loi commune, le juste reste une opinion privée : la connaissance de la règle est le premier savoir du juste.Hobbes, Léviathan
- Le droit forme un système de normes dont la validité ne dépend pas d'un jugement moral extérieur.Kelsen, Théorie pure du droit
- La publicité de la loi est ce qui rend la justice prévisible et l'arbitraire repérable.Beccaria, Des délits et des peines
Non : la loi doit être jugée et interprétée
- Générale par nature, la loi manque le cas particulier : l'équité supplée son silence.Aristote, Éthique à Nicomaque V, 14
- Des lois en vigueur ont consacré l'esclavage et la persécution : les connaître ne rendait pas juste.Radbruch, Injustice légale et droit supralégal
- Appliquer un texte sans jugement peut conduire à participer au crime.Arendt, Eichmann à Jérusalem
Savoir le juste, c'est savoir juger la loi et l'appliquer
- Le juste suppose un jugement en situation, distinct de la simple connaissance de la règle.Ricœur, Le Juste
- Des principes de justice permettent d'évaluer les lois existantes et d'orienter leur réforme.Rawls, Théorie de la justice
- La loi n'oblige en conscience que si l'on peut la reconnaître comme émanant de tous.Rousseau, Du contrat social
La formation des juges devrait-elle comporter, outre le droit, l'apprentissage du jugement moral ?