« Demander justice », c'est s'adresser à un tiers pour faire reconnaître un tort : l'expression suppose à la fois le sentiment d'avoir été lésé et l'existence d'une instance capable de trancher. Le « pourquoi » interroge le mobile et la légitimité de cette demande.
Demander justice, est-ce chercher réparation d'un tort ou satisfaction d'un désir de revanche, et qu'attend-on au juste d'une instance extérieure ?
Le plan en trois parties
On demande justice parce qu'on a subi un tort
- L'expérience première n'est pas celle du juste mais celle de l'injuste : le cri précède la théorie.Ricœur, Le Juste
- La justice corrective rétablit l'égalité rompue par le délit, sans considérer les personnes.Aristote, Éthique à Nicomaque V
- Nul ne peut être juge de sa propre cause : il faut un tiers institué.Locke, Second Traité du gouvernement civil
Mais la demande peut être un désir de vengeance
- Le ressentiment invente l'idée de justice pour légitimer sa soif de faire souffrir.Nietzsche, Généalogie de la morale
- La peine peut devenir un spectacle de domination plutôt qu'une réponse mesurée.Foucault, Surveiller et punir
- La clameur publique réclame souvent un coupable plus qu'une vérité.Pascal, Pensées
Demander justice, c'est demander une parole publique qui interrompt la violence
- La sanction reconnaît la dignité du coupable comme sujet responsable, non comme animal à dresser.Kant, Doctrine du droit
- Le procès substitue le langage et la preuve à la riposte immédiate.Ricœur, Le Juste
- Être reconnu comme titulaire de droits, c'est exister juridiquement : la demande de justice est une demande de reconnaissance.Arendt, Les Origines du totalitarisme
Quand aucun tribunal ne peut être saisi, la demande de justice devient-elle une demande politique ?