« Peut-on » est ici double : en a-t-on la capacité psychologique, et est-ce légitime ? Le bonheur personnel désigne la satisfaction durable de l'individu, la justice une exigence qui vaut pour tous, y compris contre moi.
Le juste et l'heureux peuvent-ils entrer en conflit au point qu'il faille sacrifier l'un, ou la justice fait-elle partie de ce qui rend une vie véritablement heureuse ?
Le plan en trois parties
Il semble impossible de préférer durablement la justice au bonheur
- Chacun recherche naturellement sa conservation et son avantage : c'est le ressort de toute action.Hobbes, Léviathan
- Une morale qui contredirait tout bonheur serait inhumaine et sans efficacité.Mill, L'Utilitarisme
- Gygès montre que nul ne reste juste quand l'injustice devient impunie et agréable.Platon, République II
Pourtant la justice commande même contre mon bonheur
- Le devoir se reconnaît à ce qu'il oblige indépendamment de l'inclination et de l'intérêt.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le bonheur du plus grand nombre ne peut justifier le sacrifice d'un innocent : la justice limite le calcul.Rawls, Théorie de la justice
- Des hommes ont accepté la prison et la mort plutôt que de prêter la main à l'injustice.Thoreau, La Désobéissance civile
La justice n'est pas l'ennemie du bonheur mais sa condition
- L'âme juste est une âme accordée : l'injustice est un désordre intérieur, donc un malheur.Platon, République IV
- La vertu de justice rend digne d'être heureux, quand bien même elle ne procure pas le bonheur.Kant, Critique de la raison pratique
- Une vie réussie suppose des institutions justes qui rendent possibles les capacités de chacun.Sen, L'Idée de justice
Si la justice ne garantit pas le bonheur, faut-il alors espérer, comme Kant, que le monde soit fait pour que les deux s'accordent un jour ?