La force désigne la contrainte physique, le pouvoir de faire plier ; la justice, un idéal de répartition et un ensemble d'institutions. Le sujet suppose que la justice pourrait être pensée sans la force, et demande si cette séparation est tenable dans les faits comme en droit.
La force est-elle un simple instrument au service d'une justice qui la précède, ou bien le recours à la contrainte compromet-il la justice qu'il prétend servir ?
Le plan en trois parties
Une justice sans force est impuissante
- Ce qui est juste sans être fort reste contredit dans les faits : il faut que la justice soit armée pour n'être pas dérisoire.Pascal, Pensées
- Les conventions sans l'épée ne sont que des mots : un pacte que rien ne garantit ne lie personne.Hobbes, Léviathan
- L'État moderne se définit par le monopole de la violence physique légitime, condition de l'application du droit.Weber, Le Savant et le Politique
Mais la force menace la justice qu'elle sert
- La force qui s'impose sans se justifier ne produit que l'obéissance, jamais le devoir : elle ne fait pas le droit.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- Là où le fort dicte le juste, la justice n'est plus que le nom de l'avantage du plus puissant.Platon, République I (Thrasymaque)
- Le pouvoir de punir peut devenir une technique de domination des corps plutôt qu'une réponse mesurée au crime.Foucault, Surveiller et punir
La force n'est légitime que subordonnée à une règle publique
- Le droit est la faculté de contraindre, mais seulement selon une loi universelle qui rend les libertés compatibles.Kant, Doctrine du droit
- La séparation des pouvoirs soumet la force publique à une procédure : la contrainte devient contrôlable.Montesquieu, De l'esprit des lois
- La légitimité d'une norme tient à la discussion qui l'a produite, non à la sanction qui l'accompagne.Habermas, Droit et démocratie
Les sanctions internationales, dépourvues de police mondiale, montrent-elles la faiblesse du droit ou l'existence d'une autre forme de force, celle de la légitimité ?