Une prise de conscience est l'événement par lequel un contenu jusque-là ignoré devient présent au sujet ; libérer, c'est délier d'une contrainte. Le quantificateur « toute » impose de chercher un contre-exemple : une lucidité qui enchaînerait au lieu d'affranchir.
Savoir ce qui nous détermine suffit-il à nous en délivrer, ou la conscience peut-elle découvrir des chaînes qu'elle est impuissante à briser ?
Le plan en trois parties
Savoir ce qui nous détermine, c'est déjà cesser de le subir
- Nous nous croyons libres faute de connaître les causes de nos désirs ; les connaître transforme la passion en action.Spinoza, Éthique
- Rendre conscient le refoulé permet au sujet de reprendre à son compte ce qui le gouvernait à son insu.Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse
- Comprendre que les idées dominantes sont celles de la classe dominante délie de leur évidence.Marx, L'Idéologie allemande
Mais il est des lucidités qui accablent
- La conscience malheureuse est celle qui se sait divisée sans pouvoir se réconcilier : elle souffre de son propre savoir.Hegel, Phénoménologie de l'esprit
- Voir clairement que le vouloir n'a pas de terme, c'est perdre le ressort du désir sans gagner la paix.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
- Découvrir sa liberté, c'est éprouver l'angoisse d'être sans excuse : la lucidité est d'abord un fardeau.Sartre, L'Être et le Néant
La prise de conscience ne libère qu'en se convertissant en acte
- Comprendre une affection, c'est déjà la modifier, à condition que le savoir devienne une manière de vivre.Spinoza, Éthique
- La lucidité ne vaut que reprise dans un engagement : c'est en se projetant que la conscience fait de son savoir une liberté.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- Se raconter autrement, c'est convertir un passé subi en histoire assumée.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si la conscience ne libère qu'en se prolongeant en action, la liberté est-elle un savoir ou une pratique ?