Mentir suppose de savoir la vérité et de la dissimuler à un autre ; se mentir exigerait donc d'être à la fois le trompeur et le trompé. Le sujet met à l'épreuve la transparence de la conscience à travers un paradoxe apparent.
Le mensonge à soi-même est-il une contradiction dans les termes, ou révèle-t-il que la conscience est divisée ?
Le plan en trois parties
Le mensonge à soi semble impossible
- Rien n'est dans l'âme dont elle n'ait conscience : je ne peux me cacher ce que je sais.Descartes, Méditations métaphysiques
- Toute conscience est conscience de quelque chose, donc transparente à sa propre visée.Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie
- Mentir suppose deux personnes ; à soi-même, on ne peut qu'errer, non tromper.Kant, Doctrine de la vertu
Pourtant l'expérience du déni est constante
- Le refoulement écarte de la conscience ce qui la menacerait : le sujet sait sans savoir qu'il sait.Freud, Métapsychologie
- Des perceptions minuscules agissent sur moi sans être aperçues : la conscience ignore une part d'elle-même.Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain
- L'homme se donne des raisons flatteuses parce qu'il ignore les causes de ses désirs.Spinoza, Éthique
La mauvaise foi explique le mensonge à soi sans diviser le sujet
- La mauvaise foi est un projet unitaire : je me persuade de ce que je sais faux, en jouant de ma propre liberté.Sartre, L'Être et le Néant
- Se prendre pour une chose déterminée est la forme ordinaire de ce mensonge : le garçon de café joue à être garçon de café.Sartre, L'Être et le Néant
- Sortir du mensonge suppose un travail de reprise narrative, non une simple mise au jour.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si le mensonge à soi est une manière de se choisir, la sincérité est-elle un état ou une décision toujours à reprendre ?