Un objet est ce qui se tient devant un regard ; or le sujet est précisément ce qui regarde. Le sujet interroge donc la possibilité d'une réflexion où le même se dédouble sans cesser d'être un.
La réflexion est-elle une véritable objectivation du sujet, ou une opération qui manque nécessairement ce qu'elle vise ?
Le plan en trois parties
La réflexion semble réaliser ce dédoublement
- L'âme pensante se saisit elle-même par un acte simple : la pensée se connaît en se pensant.Descartes, Méditations métaphysiques
- La conscience est un savoir revenant sur lui-même : elle a la forme d'un retour.Alain, Éléments de philosophie
- Toute conscience est conscience de quelque chose, y compris d'elle-même comme visant.Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie
Mais l'objectivation détruit ce qu'elle veut saisir
- L'organe observateur et l'organe observé étant identiques, l'observation intérieure est impossible.Comte, Cours de philosophie positive
- Chercher le moi dans l'expérience ne donne qu'une suite de perceptions sans sujet qui les porte.Hume, Traité de la nature humaine
- Se figer en objet, c'est se traiter comme une chose : la mauvaise foi consiste précisément à se prendre pour un être achevé.Sartre, L'Être et le Néant
Le sujet ne se connaît qu'en se produisant au-dehors
- L'homme se contemple dans ce qu'il a fait : l'œuvre est le miroir où la conscience se découvre.Hegel, Esthétique
- Le corps propre, en tant qu'il est vécu et non observé, offre un accès à soi qui n'objective pas.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Le récit permet de se traiter comme un personnage sans se réduire à une chose.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si le sujet ne se connaît que par ses productions, la philosophie de la conscience doit-elle céder la place à une philosophie de l'action ?