La conscience de soi semble d'abord une affaire privée, accessible sans témoin. Le sujet demande si cette intimité est première ou si elle suppose déjà la rencontre d'un autre sujet.
Le rapport à soi est-il originairement solitaire, ou la présence d'autrui est-elle la condition sans laquelle aucun « je » ne se constituerait ?
Le plan en trois parties
La conscience de soi semble pouvoir se passer d'autrui
- Le cogito s'atteint dans la solitude du doute, sans aucun recours au témoignage d'autrui.Descartes, Méditations métaphysiques
- Le sentiment de l'existence peut se suffire à lui-même dans la rêverie solitaire.Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire
- L'unité du Je est une condition formelle de l'expérience, indépendante de toute rencontre.Kant, Critique de la raison pure
Mais je ne me saisis comme sujet que sous le regard d'un autre
- La conscience de soi n'atteint sa satisfaction que dans une autre conscience de soi : elle exige la reconnaissance.Hegel, Phénoménologie de l'esprit
- La honte révèle que je suis un objet pour autrui : le regard d'autrui me livre une dimension de moi inaccessible seul.Sartre, L'Être et le Néant
- L'enfant se reconnaît d'abord dans une image extérieure, soutenue par la parole d'un autre.Lacan, Écrits
Autrui n'est pas seulement nécessaire, il est constituant
- Le visage d'autrui m'oblige avant que je ne le choisisse : la responsabilité précède la conscience de soi.Levinas, Totalité et infini
- Le monde perçu est d'emblée un monde commun : ma perception se sait entourée d'autres perspectives.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Soi-même comme un autre : l'identité se forme dans la relation, non contre elle.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si je me dois à autrui jusque dans ma conscience de moi, l'indépendance à laquelle j'aspire est-elle autre chose qu'une dette oubliée ?