Dire que la conscience est un « effet » du langage, c'est en faire un produit dérivé de la vie sociale et de la communication. Le sujet oppose l'antériorité supposée du vécu intérieur à la thèse d'une conscience née de la parole.
La conscience préexiste-t-elle à la parole qui l'exprime, ou n'apparaît-elle que là où le sujet peut se dire ?
Le plan en trois parties
La conscience paraît antérieure au langage
- Je peux penser avant de parler : le cogito se découvre sans qu'aucun mot soit nécessaire à sa certitude.Descartes, Méditations métaphysiques
- Il y a des états vécus que le langage ne traduit qu'en les déformant : la durée résiste aux mots.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Un vécu en première personne existe même là où aucune langue n'est parlée.Nagel, « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? »
Mais la conscience se forme dans la communication
- La conscience est née du besoin de communiquer : elle s'est développée sous la pression de la vie sociale.Nietzsche, Le Gai Savoir
- Le langage est la vie de l'esprit qui se donne une existence objective : penser, c'est parler au-dedans.Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques
- Le sujet advient là où il prend la parole : c'est la structure du langage qui l'institue.Lacan, Écrits
Le langage ne produit pas la conscience, il l'élève à la réflexion
- Le Je pense est une condition formelle que la langue exprime sans la créer.Kant, Critique de la raison pure
- L'expression ne traduit pas une pensée déjà faite : elle l'achève, ce qui n'en fait pas un pur effet.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Le récit donne à la conscience une forme durable : sans langage, pas d'identité, mais il y a du vécu avant lui.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si le langage élève la conscience à la réflexion, ce qu'il ne peut dire de nous est-il négligeable ou essentiel ?