Le bonheur désigne un état de satisfaction durable, tandis que la conscience est ce pouvoir de se dédoubler qui empêche toute coïncidence avec soi. Le sujet suppose donc un conflit possible entre lucidité et contentement, et demande si l'une doit être sacrifiée à l'autre.
Le savoir que la conscience nous donne de nous-mêmes et de notre condition ruine-t-il nécessairement la possibilité d'être heureux, ou est-il au contraire la condition d'un bonheur qui ne soit pas une illusion ?
Le plan en trois parties
La conscience arrache l'homme à la satisfaction du présent
- L'homme est le seul être qui ne puisse demeurer en repos dans une chambre : la pensée de sa condition le pousse au divertissement.Pascal, Pensées
- La conscience est un être qui n'est jamais ce qu'il est : elle introduit un manque au cœur de toute satisfaction.Sartre, L'Être et le Néant
- Le désir, toujours relancé, fait osciller l'existence entre la souffrance et l'ennui.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
Mais un bonheur sans conscience ne serait pas un bonheur humain
- Nul n'accepterait d'être une bête satisfaite plutôt qu'un homme insatisfait : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité.Mill, L'Utilitarisme
- Le bonheur suppose un sujet capable de rapporter ses états à un « je » : sans conscience, il n'y aurait que des sensations sans propriétaire.Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique
- La joie naît du passage à une plus grande perfection, ce qui suppose que je le comprenne : la connaissance augmente la joie.Spinoza, Éthique
La lucidité ne détruit que le bonheur illusoire
- Comprendre les causes de nos affections diminue leur emprise : la lucidité est thérapeutique.Spinoza, Éthique
- Assumer l'absurde sans se mentir ouvre une forme de bonheur obstiné : il faut imaginer Sisyphe heureux.Camus, Le Mythe de Sisyphe
- La durée vécue, retrouvée par une conscience attentive, rend à l'existence une densité que la dispersion lui ôte.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
Le bonheur est-il un état à atteindre, ou la qualité d'une conscience qui a cessé de se fuir ?