Dire que la conscience est une fonction du cerveau, c'est la traiter comme un phénomène naturel explicable par ses conditions organiques. Le sujet oppose l'explication scientifique en troisième personne et l'expérience vécue en première personne.
L'expérience subjective peut-elle être intégralement expliquée par les processus cérébraux, ou résiste-t-elle par principe à toute réduction ?
Le plan en trois parties
Tout indique une dépendance de la conscience à l'égard du cerveau
- Les états mentaux varient avec l'état du corps : l'esprit est l'idée d'un corps affecté.Spinoza, Éthique
- Le sentiment de soi se construit à partir de cartes corporelles élaborées par le cerveau.Damasio, Le Sentiment même de soi
- Parler d'un esprit distinct logé dans le corps revient à croire au fantôme dans la machine.Ryle, La Notion d'esprit
Mais l'expérience vécue n'est pas contenue dans la description physique
- Connaître tout du cerveau de la chauve-souris ne dit pas quel effet cela fait d'être elle.Nagel, « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? »
- Le sujet pensant ne se laisse pas décrire comme une chose étendue : penser et être étendu ne sont pas le même attribut.Descartes, Méditations métaphysiques
- La conscience vise des objets et des significations, ce qu'aucun état physique ne fait par lui-même.Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie
Condition n'est pas explication complète
- Le cerveau conditionne la conscience comme le vêtement suit le corps sans le produire : la dépendance n'est pas l'identité.Bergson, Matière et mémoire
- Je suis mon corps, ce qui interdit à la fois le dualisme et la réduction de la conscience à un objet.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La conscience se définit par ce qu'elle fait de sa situation, non par ce qui la rend possible.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Si le cerveau conditionne sans expliquer entièrement la conscience, la science peut-elle un jour combler cet écart, ou est-il constitutif de ce qu'est une conscience ?