Opposer, c'est poser deux termes exclusifs l'un de l'autre ; or la psychanalyse présente l'inconscient comme une part du psychisme, non comme son contraire. Le sujet demande si cette opposition est éclairante ou trompeuse.
L'inconscient est-il le contraire de la conscience, ou l'autre face d'une même vie psychique que la conscience ne fait qu'éclairer partiellement ?
Le plan en trois parties
L'opposition semble s'imposer
- La pensée est par définition consciente : une pensée inconsciente serait une contradiction.Descartes, Méditations métaphysiques
- Admettre un inconscient psychique, c'est introduire un second sujet et ruiner la responsabilité.Sartre, L'Être et le Néant
- Le Je pense doit pouvoir accompagner mes représentations : ce qui lui échappe n'est pas mien.Kant, Critique de la raison pure
Mais l'inconscient est une hypothèse nécessaire
- Les lacunes de la conscience sont innombrables : l'hypothèse de l'inconscient leur donne un sens.Freud, Métapsychologie
- Bien avant Freud, la philosophie avait reconnu des perceptions insensibles agissant en nous.Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain
- Le vouloir agit en nous sans se dire : la représentation consciente n'en est que la surface.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
Conscience et inconscient forment un même sujet à rendre habitable
- Là où était le Ça, le Moi doit advenir : l'inconscient n'est pas un autre, mais un territoire à reprendre.Freud, Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse
- L'inconscient est structuré comme un langage : il parle dans ce que le sujet dit malgré lui.Lacan, Écrits
- Répondre de soi inclut ce qu'on n'a pas voulu : la responsabilité n'exige pas la transparence.Ricœur, Soi-même comme un autre
Si le sujet doit habiter ce qu'il ignore de lui, la maturité consiste-t-elle à tout savoir de soi, ou à composer avec ce qui résiste ?