Il faut distinguer la conscience comme vigilance ou sensibilité, que l'on accorde aux animaux, et la conscience réflexive, qui suppose de se rapporter à soi comme à un « je ». Le sujet demande où passe la frontière, et si elle est de nature ou de degré.
La conscience réflexive marque-t-elle une rupture entre l'homme et les autres vivants, ou n'est-elle qu'un degré supérieur d'une capacité partagée ?
Le plan en trois parties
La conscience réflexive paraît distinguer l'homme absolument
- Pouvoir avoir le Je dans sa représentation élève l'homme infiniment au-dessus des autres êtres vivants.Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique
- L'animal-machine agit par disposition de ses organes, sans pensée qui se rapporte à elle-même.Descartes, Discours de la méthode
- L'homme se rapporte à lui-même en faisant du monde et de lui-même un objet : il redouble son existence.Hegel, Esthétique
Mais la frontière est moins nette qu'il n'y paraît
- La conscience est liée au choix et à l'action : partout où un vivant hésite, une conscience se manifeste.Bergson, L'Énergie spirituelle
- Il y a un effet que cela fait d'être une chauve-souris : une expérience subjective sans langage reste une expérience.Nagel, « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? »
- Le sentiment de soi repose sur des mécanismes corporels que l'homme partage largement avec d'autres espèces.Damasio, Le Sentiment même de soi
Le propre de l'homme tient moins à la conscience qu'à ce qu'il en fait
- L'homme se reconnaît dans une image, puis dans une parole qui l'institue comme sujet.Lacan, Écrits
- Se savoir mortel et s'obliger envers autrui suppose une conscience qui excède la vigilance biologique.Levinas, Totalité et infini
- L'homme est le seul vivant qui doive se faire : il n'a pas de nature, mais une histoire.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Si le propre de l'homme n'est pas d'avoir une conscience mais d'en répondre, l'humanité est-elle un fait ou une exigence ?