La conscience de soi est le sentiment immédiat de sa propre existence ; la connaissance suppose des concepts, une méthode et un objet distinct du sujet. Le sujet demande si le premier suffit à produire la seconde.
Le sentiment immédiat de soi peut-il devenir savoir, alors même que le sujet y est à la fois l'observateur et l'observé ?
Le plan en trois parties
La conscience de soi semble être la connaissance la plus certaine
- Le sujet pensant se saisit lui-même avec une évidence que rien n'égale.Descartes, Méditations métaphysiques
- Nul n'a un accès aussi direct à mes états que moi-même : le vécu en première personne est irréductible.Nagel, « Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ? »
- L'unité du Je rend possible que mes états forment une expérience et non une poussière de sensations.Kant, Critique de la raison pure
Mais un sentiment n'est pas encore une connaissance
- L'introspection prétend diviser le sujet en deux : celui qui regarde et celui qui est regardé, ce qui est impossible.Comte, Cours de philosophie positive
- Ce que je trouve en moi n'est qu'une succession de perceptions : l'unité du moi est une fiction de l'imagination.Hume, Traité de la nature humaine
- Le moi se donne des explications flatteuses de ses conduites : le savoir de soi est le plus soumis à l'illusion.Spinoza, Éthique
La connaissance de soi exige des médiations
- Je me découvre par mes œuvres et par mes actes, qui me font voir ce que je suis capable de faire.Hegel, Esthétique
- Le corps propre, mes habitudes, mes gestes m'informent sur moi davantage que la réflexion pure.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La parole adressée à un autre révèle ce que l'examen solitaire ne trouve pas.Lacan, Écrits
Faut-il préférer une connaissance de soi incertaine mais partagée à une certitude intime qui n'apprend rien ?