Le sujet joue sur les deux sens d'« inconscient » : l'irréfléchi qui ne mesure pas les risques, et le psychisme qui ignore ses propres causes. Il demande si le bonheur suppose une ignorance de soi ou, au contraire, une lucidité conquise.
Le bonheur exige-t-il que nous ignorions une part de nous-mêmes, ou bien la lucidité sur ce qui nous détermine est-elle la condition d'une satisfaction durable ?
Le plan en trois parties
Le bonheur semble réclamer une part d'aveuglement
- La conscience du manque et de la mort empoisonne la jouissance : vouloir sans savoir, c'est souffrir moins.Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation
- Nous nous croyons heureux parce que nous ignorons les causes qui nous font désirer ceci plutôt que cela.Spinoza, Lettre à Schuller
- La civilisation achète la sécurité au prix d'un renoncement pulsionnel que nous préférons ne pas savoir.Freud, Malaise dans la civilisation
Mais cet aveuglement n'est qu'un soulagement, non un bonheur
- Le refoulé ne disparaît pas : il revient en symptôme, et le prétendu bonheur se paie d'angoisse.Freud, Métapsychologie
- Se cacher à soi-même sa propre situation est une mauvaise foi, donc un mensonge que l'on sait faire.Sartre, L'Être et le Néant
- Une vie qui refuse l'examen n'est pas une vie d'homme, mais un contentement d'animal repu.Platon, République
Le bonheur véritable est une lucidité qui transforme les affects
- Comprendre la cause d'une passion la change en idée adéquate et diminue son pouvoir sur nous.Spinoza, Éthique, livre V
- La cure ne supprime pas le conflit : elle rend au sujet la capacité de décider de son désir.Freud, la parole et la cure
- Le savoir de soi est un travail d'interprétation, non une révélation qui livrerait un bonheur tout fait.Ricœur, De l'interprétation
Si le bonheur suppose un travail sur ce que nous ignorons de nous, faut-il en conclure qu'il ne s'atteint jamais seul, mais toujours dans la parole adressée à un autre ?