« Décider » suppose un acte de volonté créateur : le juste serait juste parce que l'État le veut. On l'oppose à l'idée d'un juste antérieur à la loi, que l'État aurait seulement à reconnaître et à appliquer.
Le juste est-il produit par la décision souveraine, ou celle-ci doit-elle se régler sur une norme qu'elle ne crée pas ?
Le plan en trois parties
Oui : hors de la loi positive, le juste reste indéterminé
- Avant le pouvoir commun, rien n'est juste ni injuste : c'est la loi civile qui fixe le partage.Hobbes, Léviathan, XIII
- Il faut une décision publique et unique pour que cesse la pluralité des opinions sur le juste.Hobbes, Léviathan, XVIII
- La coutume fait toute l'équité de nos lois : leur autorité tient à ce qu'elles sont reçues, non à leur vérité.Pascal, Pensées
Non : une loi peut être légale sans être légitime
- Les droits naturels précèdent l'État : il les garantit, il ne les invente pas.Locke, Second Traité du gouvernement civil
- Un État qui décide seul du juste peut légaliser le crime : la légalité ne suffit pas à fonder l'obligation.Arendt, Les Origines du totalitarisme
- La justice distributive obéit à une proportion, non à un décret : elle se discute avant de se décréter.Aristote, Éthique à Nicomaque, V
L'État décide, mais sous la condition d'une procédure qui rend sa décision justifiable
- La loi n'oblige que si elle exprime la volonté générale, c'est-à-dire si chacun peut s'y reconnaître comme auteur.Rousseau, Du contrat social, II
- La question n'est pas qui décide, mais selon quelles règles équitables la décision est prise.Rawls, Théorie de la justice
- La discussion publique soumet les décisions à l'épreuve des raisons échangées entre égaux.Habermas, L'Espace public
Si le juste se reconnaît à la procédure qui l'établit, comment juger une procédure elle-même injuste ?