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L'État et le pouvoir politique

Légitimité, souveraineté et limites du pouvoir — programme de Philosophie Terminale (La morale et la politique)

À propos de cette page
Ce lexique sur « L'État et le pouvoir politique » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Ce que l'État n'est pas : société, gouvernement, nation, L'origine de l'État : nature ou convention ?, La souveraineté : une puissance une, perpétuelle et absolue ?, Légal et légitime : l'écart qui rend la critique possible. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

État

Institution qui détient, sur un territoire et une population déterminés, le pouvoir de faire la loi et de la faire appliquer, et qui subsiste indépendamment des personnes qui l'exercent.

Synonymes

  • Puissance publique — désigne l'État du point de vue de son action administrative, non de sa souveraineté
  • Cité (polis) — terme grec : la communauté politique tout entière, gouvernants et gouvernés confondus, sans pouvoir séparé

Antonymes

  • Anarchie — au sens strict, absence de pouvoir séparé — pas nécessairement le désordre
  • Société civile — chez Hegel, la sphère des intérêts particuliers, que l'État doit précisément dépasser

À ne pas confondre

  • Gouvernement — le gouvernement change, l'État demeure : critiquer une politique n'est pas critiquer l'État
  • Nation — la nation est une communauté de mémoire et de vouloir-vivre ; il existe des nations sans État et des États multinationaux
  • Société — toute société est réglée, mais toutes n'ont pas de pouvoir séparé (Clastres)

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la polis est le milieu naturel de l'homme, il n'y a pas d'État distinct des citoyens · Renaissance : Machiavel emploie lo stato pour l'appareil de domination · 1576 : Bodin en fait le titulaire de la souveraineté · XVIIe-XVIIIe : produit d'un contrat · XIXe : réalisation de l'esprit (Hegel) ou instrument de classe (Marx) · aujourd'hui : dans l'usage courant, l'administration et les impôts.

Ce que le mot permet d'écrire — Ouvre la distinction État / société / gouvernement, indispensable dès l'introduction sur tout sujet contenant le mot. Permet de refuser les faux problèmes du type « l'État est-il utile ? » en demandant de quel État on parle.

Pouvoir

Capacité d'obtenir d'autrui un comportement qu'il n'aurait pas eu spontanément ; au sens politique, capacité institutionnalisée de commander et d'être obéi.

Synonymes

  • Domination — insiste sur l'asymétrie subie, là où « pouvoir » peut être consenti
  • Puissance — désigne une capacité d'agir sur les choses, pas seulement sur les hommes

Antonymes

  • Impuissance — manque de capacité, sans référence à autrui
  • Liberté — opposition trompeuse : la liberté politique est un effet du pouvoir bien réglé, pas son contraire

À ne pas confondre

  • Violence — la violence est un instrument, le pouvoir une relation ; pour Arendt, elle apparaît quand il disparaît
  • Autorité — l'autorité obtient l'obéissance sans contrainte ni argument, par la reconnaissance

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le kratos, la force de commander, distingué de l'archè, le commencement qui commande · Machiavel : un rapport de forces à conserver · Hobbes : un transfert consenti · Weber : la chance de faire triompher sa volonté · Foucault : non une chose qu'on détient, mais un réseau de relations qui traverse toute la société.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet la distinction centrale pouvoir / violence / autorité, qui débloque tous les sujets sur l'obéissance et sur la force. À poser en début de deuxième partie.

Autorité

Pouvoir reconnu comme fondé, qui obtient l'obéissance sans recourir à la contrainte ni à la persuasion argumentée.

Synonymes

  • Ascendant — psychologique et personnel, là où l'autorité politique est institutionnelle
  • Crédit — suppose une évaluation par autrui, l'autorité se présente comme allant de soi

Antonymes

  • Autoritarisme — usage de la contrainte pour pallier l'absence d'autorité reconnue
  • Contestation — refus de la reconnaissance qui fondait l'autorité

À ne pas confondre

  • Pouvoir — on peut avoir le pouvoir sans l'autorité : c'est la définition d'un régime en crise
  • Persuasion — l'autorité n'argumente pas ; si elle doit se justifier, elle est déjà entamée (Arendt)

Selon l'époque et le point de vue — Rome : l'auctoritas du Sénat, distincte de la potestas des magistrats · Moyen Âge : l'autorité des Écritures et des Anciens · Weber : trois types de légitimité — traditionnelle, charismatique, légale-rationnelle · Arendt : l'autorité a disparu du monde moderne, et ni la violence ni la discussion ne la remplacent.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable sur « Faut-il obéir à l'État ? » : permet de montrer qu'un pouvoir obéi par peur n'est pas obéi du tout, et d'introduire la question de la légitimité.

Souveraineté

Puissance de faire la loi sans la recevoir d'autrui ; caractère du pouvoir qui, sur un territoire donné, n'admet au-dessus de lui aucune autorité supérieure.

Synonymes

  • Indépendance — relation à l'extérieur seulement, alors que la souveraineté vaut aussi à l'intérieur
  • Majesté — terme ancien, qui souligne la dignité du souverain plutôt que sa compétence juridique

Antonymes

  • Sujétion — état de celui qui reçoit la loi au lieu de la faire
  • Tutelle — limitation extérieure de la capacité de décider, sans suppression formelle de l'État

À ne pas confondre

  • Gouvernement — chez Rousseau, le gouvernement n'est qu'un commis du souverain, jamais le souverain lui-même
  • Toute-puissance — le souverain de Bodin reste tenu par les lois naturelles ; l'absolu n'est pas l'arbitraire

Selon l'époque et le point de vue — Bodin (1576) : puissance absolue et perpétuelle de la République · Hobbes : elle est indivisible, sous peine de guerre civile · Rousseau : elle appartient au peuple et est inaliénable · XXe siècle : elle est relativisée par le droit international, l'Union européenne et les juridictions supranationales.

Ce que le mot permet d'écrire — Arme décisive sur les sujets portant sur les limites du pouvoir : permet de demander si un pouvoir limité est encore souverain, et donc de construire une vraie tension.

Légitimité

Qualité d'un pouvoir ou d'une règle reconnus comme fondés en droit ou en raison, et non seulement imposés en fait.

Synonymes

  • Bien-fondé — s'emploie pour une décision ponctuelle, la légitimité qualifie un pouvoir durable
  • Validité — terme juridique : conformité à une norme supérieure, sans jugement moral

Antonymes

  • Usurpation — prise du pouvoir sans titre reconnu, même si l'exercice en est ensuite efficace
  • Arbitraire — décision sans règle ; un pouvoir peut être légitime d'origine et arbitraire dans son exercice

À ne pas confondre

  • Légalité — la légalité est la conformité aux lois existantes, la légitimité leur justification
  • Popularité — un pouvoir peut être très populaire et illégitime, et inversement

Selon l'époque et le point de vue — Antiquité et Moyen Âge : la légitimité vient de la nature ou de Dieu · Modernes : elle vient du consentement des gouvernés · Weber : elle devient un fait sociologique, la croyance des dominés en la validité de l'ordre · aujourd'hui : elle se mesure aussi à la participation et à l'efficacité.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet d'écrire, sur presque tous les sujets, la phrase charnière : « en un premier sens, l'État a le droit de… ; mais en un autre sens, il n'en a que le pouvoir ».

Légalité

Conformité d'un acte ou d'une conduite aux lois positives en vigueur dans un État déterminé, à un moment déterminé.

Synonymes

  • Licéité — terme technique du droit privé, sans la dimension politique
  • Régularité — porte sur la procédure suivie plutôt que sur le contenu de l'acte

Antonymes

  • Illégalité — violation de la loi, qui peut être légitime — la désobéissance civile est illégale par définition
  • Droit naturel — ordre de normes supposé antérieur et supérieur aux lois positives

À ne pas confondre

  • Justice — la loi vise la justice sans jamais coïncider avec elle : sinon aucune loi ne pourrait être réformée
  • Morale — la légalité règle les actes extérieurs, la morale les intentions (Kant)

Selon l'époque et le point de vue — Antigone : la loi non écrite contre l'édit de Créon · Rome : la loi écrite comme garantie contre l'arbitraire des patriciens · positivisme juridique (Kelsen) : une norme n'est valide que par sa conformité à une norme supérieure, indépendamment de son contenu · 1945-1946 : Nuremberg juge des actes légaux au regard du droit allemand.

Ce que le mot permet d'écrire — Le couple légal / légitime est le premier réflexe sur « Est-il toujours injuste de désobéir aux lois ? » et sur « Faut-il résister à l'État ? ».

Loi

Règle générale, impersonnelle et obligatoire, posée par l'autorité compétente et assortie d'une sanction.

Synonymes

  • Norme — englobe aussi les règles non juridiques : usages, standards, normes sociales
  • Règlement — acte du pouvoir exécutif, subordonné à la loi

Antonymes

  • Privilège — littéralement loi privée : exactement le contraire de la généralité de la loi
  • Caprice — décision singulière et variable, là où la loi est constante

À ne pas confondre

  • Loi scientifique — elle décrit ce qui est et ne peut être transgressée ; la loi juridique prescrit ce qui doit être
  • Loi morale — chez Kant, je me la donne moi-même ; la loi civile m'est imposée du dehors

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le nomos, convention humaine, opposé à la physis, la nature · Aristote : la loi est « une raison sans désir » · Montesquieu : les lois sont les rapports nécessaires qui découlent de la nature des choses · Rousseau : elle n'est loi que si le peuple entier statue sur le peuple entier.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à distinguer les trois sens du mot dès l'analyse du sujet, et à montrer que l'obéissance à la loi civile n'a rien d'une nécessité naturelle.

Droit

Ensemble des règles régissant la vie en société et garanties par la puissance publique ; au singulier subjectif, pouvoir reconnu à une personne d'exiger quelque chose.

Synonymes

  • Justice — la justice est l'idéal, le droit sa réalisation toujours imparfaite
  • Législation — ne recouvre que le droit écrit, laissant de côté coutume et jurisprudence

Antonymes

  • Force — opposition classique depuis Pascal et Rousseau : la force contraint, le droit oblige
  • Fait — distinction majeure : ce qui est n'établit jamais ce qui doit être

À ne pas confondre

  • Droit positif — l'ensemble des règles effectivement en vigueur, indépendamment de leur valeur
  • Droit naturel — normes tenues pour valables universellement, dont on juge le droit positif

Selon l'époque et le point de vue — Antigone et le droit naturel grec · Rome : invention du droit comme science autonome · Locke : droits naturels antérieurs à l'État (vie, liberté, propriété) · 1789 et 1948 : les droits de l'homme deviennent normes positives · critique marxienne : les droits formels masquent les inégalités réelles.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour l'opposition droit / fait, qui structure les sujets sur la force et sur la légitimité de l'obéissance.

Politique

Ce qui concerne l'organisation et l'exercice du pouvoir dans une communauté ; au féminin, l'ensemble des décisions prises par ceux qui gouvernent.

Synonymes

  • Civique — renvoie au citoyen et à ses devoirs, non à l'exercice du pouvoir
  • Public — qualifie ce qui est commun et visible, sans impliquer la lutte pour le pouvoir

Antonymes

  • Privé — la sphère soustraite au regard commun ; l'un des grands partages de la pensée moderne
  • Technique — gouverner par l'expertise seule, c'est prétendre sortir du politique — ce qui est déjà une position politique

À ne pas confondre

  • Le politique — masculin : la dimension du vivre-ensemble ; féminin : les politiques menées
  • Social — le social concerne les rapports entre groupes, le politique leur mise en forme par le pouvoir

Selon l'époque et le point de vue — Aristote : la politique est la science architectonique, puisqu'elle vise le bien de la cité · Machiavel : elle s'autonomise de la morale · Hobbes : elle devient une science déductive des passions · Schmitt : sa catégorie propre est la distinction ami / ennemi · Arendt : elle est l'espace de l'action et de la pluralité, non de la domination.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de traiter les sujets du type « En politique, chacun défend-il ses propres intérêts ? » en demandant d'abord ce qu'est le domaine politique.

Contrat social

Convention, réelle ou hypothétique, par laquelle des individus renoncent à une part de leur liberté naturelle pour constituer un pouvoir commun.

Synonymes

  • Pacte — insiste sur la promesse, le contrat suppose des prestations réciproques
  • Convention — terme plus large : tout accord conventionnel, y compris non fondateur

Antonymes

  • Conquête — fondation par la force, qui produit de l'obéissance sans obligation
  • Nature — pour Aristote, l'État est naturel et n'a besoin d'aucun pacte

À ne pas confondre

  • Contrat juridique — le contrat social n'a pas de tiers pour le faire respecter : c'est lui qui institue ce tiers
  • Fait historique — c'est un idéal régulateur, non un événement daté ; Kant y voit une simple Idée de la raison

Selon l'époque et le point de vue — Sophistes grecs : la loi est déjà convention · Hobbes (1651) : les sujets se dessaisissent au profit d'un tiers, qui n'est pas partie au pacte · Locke (1690) : le pouvoir reçoit un mandat révocable · Rousseau (1762) : chacun s'unit à tous et n'obéit pourtant qu'à lui-même · Rawls (1971) : la position originelle en est la reprise contemporaine.

Ce que le mot permet d'écrire — Le concept qui permet de répondre à « L'État nous doit-il quelque chose ? » : s'il est fondé sur un pacte, il a des obligations, et non seulement des pouvoirs.

Démocratie

Régime dans lequel la souveraineté appartient au peuple, qui l'exerce directement ou par des représentants élus, dans le cadre de libertés garanties.

Synonymes

  • République — désigne d'abord la chose publique et l'absence de roi, pas nécessairement le gouvernement du peuple
  • Souveraineté populaire — nomme le principe de légitimité, non l'ensemble des institutions

Antonymes

  • Tyrannie — pouvoir d'un seul exercé sans loi et pour lui-même
  • Oligarchie — pouvoir du petit nombre, en général des riches ; Aristote en fait le vrai opposé de la démocratie

À ne pas confondre

  • Régime représentatif — Rousseau le refuse : la volonté générale ne se représente pas
  • État de droit — une majorité peut voter des lois injustes ; les droits fondamentaux limitent la démocratie autant qu'ils la servent

Selon l'époque et le point de vue — Athènes : tirage au sort et démocratie directe, réservée à une minorité d'hommes libres · Platon : un régime de flatteurs qui mène à la tyrannie · Tocqueville : un état social irrésistible, menacé par le despotisme doux et la tyrannie de la majorité · aujourd'hui : débats sur la représentation, l'abstention et le tirage au sort.

Ce que le mot permet d'écrire — À convoquer en troisième partie pour montrer qu'un pouvoir légitime dans son origine peut devenir oppressif dans son exercice.

Tyrannie

Exercice du pouvoir par un homme ou un groupe sans règle ni limite, au profit du gouvernant et non du gouverné.

Synonymes

  • Despotisme — chez Montesquieu, un régime où tout est mû par la crainte, plus qu'une simple usurpation
  • Dictature — à Rome, magistrature d'exception légale et temporaire ; le sens moderne en a renversé la valeur

Antonymes

  • État de droit — régime où le pouvoir est lui-même soumis à des normes qu'il ne peut modifier à sa guise
  • Constitution — elle limite le pouvoir par une norme écrite supérieure

À ne pas confondre

  • Totalitarisme — Arendt : le tyran veut le pouvoir, le régime totalitaire veut transformer la nature humaine
  • Autoritarisme — l'autoritarisme dépolitise et exige la passivité ; le totalitarisme exige la mobilisation permanente

Selon l'époque et le point de vue — Grèce : le tyran est d'abord un usurpateur, pas nécessairement un cruel · Platon : la tyrannie naît de l'excès de liberté démocratique · La Boétie : elle ne tient que par la servitude volontaire · XXe siècle : la catégorie devient insuffisante et cède la place à celle de totalitarisme.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de graduer la critique de l'État au lieu de tout mettre sur le même plan, ce qui est la faute la plus fréquente en troisième partie.

Citoyen

Membre d'une communauté politique qui participe, par le vote ou par la délibération, à la formation de la volonté commune, et qui est titulaire de droits politiques.

Synonymes

  • Ressortissant — terme juridique et administratif, sans la dimension de participation
  • Électeur — ne retient qu'une des fonctions du citoyen

Antonymes

  • Sujet — le sujet obéit à la loi sans la faire ; le citoyen fait aussi la loi à laquelle il obéit
  • Apatride — Arendt : sans État, on perd non tel droit mais le droit d'avoir des droits

À ne pas confondre

  • Individu — l'individu se définit par ses intérêts privés, le citoyen par sa part au commun
  • Homme — la Déclaration de 1789 distingue droits de l'homme et droits du citoyen ; l'écart nourrit toute la critique marxienne

Selon l'époque et le point de vue — Athènes : le citoyen est celui qui tour à tour commande et obéit · Rome : la citoyenneté s'étend peu à peu à l'empire · 1789 : citoyenneté et nation se lient · Constant : les Modernes veulent la liberté privée plus que la participation · aujourd'hui : citoyenneté européenne, débat sur le vote des étrangers.

Ce que le mot permet d'écrire — Ouvre la distinction sujet / citoyen, qui permet de transformer « Faut-il obéir ? » en « Qui obéit à qui, et au nom de quoi ? ».

Violence

Usage de la force physique pour contraindre autrui, en contradiction avec sa volonté ; instrument qui produit de la soumission sans produire d'obligation.

Synonymes

  • Contrainte — plus large : peut être économique ou psychologique, sans coup porté
  • Force — la force est une capacité, la violence son exercice destructeur

Antonymes

  • Persuasion — obtient l'assentiment par le discours, donc sans anéantir la volonté d'autrui
  • Pouvoir — chez Arendt seulement : le pouvoir naît de l'agir ensemble, la violence de sa disparition

À ne pas confondre

  • Violence légitime — chez Weber, l'État ne renonce pas à la violence : il en revendique le monopole
  • Guerre — la guerre oppose des États, la violence peut être intérieure et policière

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la bia s'oppose à la parole persuasive, qui fait la cité · Hobbes : la violence privée est confisquée par le souverain · Weber (1919) : monopole de la violence physique légitime · Benjamin et Arendt (XXe) : critique de ce monopole, distinction du pouvoir et de la violence · Gandhi : la non-violence comme méthode politique efficace.

Ce que le mot permet d'écrire — Le concept charnière des sujets sur la résistance : permet de montrer que désobéir n'est pas nécessairement recourir à la violence.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Légal / légitime

Est légal ce qui est conforme aux lois positives d'un État à un moment donné ; est légitime ce qui est reconnu comme fondé en justice ou en raison, et peut donc être approuvé par tout être raisonnable.

Ce qu'il débloque — Débloque tous les sujets où l'obéissance est en jeu : il crée l'écart sans lequel aucune critique des lois n'est possible.

Exemple — Sur « Est-il toujours injuste de désobéir aux lois ? », il permet de distinguer l'illégalité de l'acte et sa légitimité éventuelle, et donc de séparer la désobéissance civile de la délinquance.

En fait / en droit

En fait décrit ce qui est effectivement le cas ; en droit énonce ce qui devrait être ou ce qui est fondé. Passer de l'un à l'autre sans argument est un sophisme.

Ce qu'il débloque — Sert à démonter les sujets qui semblent constater : le fait que les États servent des intérêts ne prouve pas qu'ils ne doivent que cela.

Exemple — Sur « En politique, chacun défend-il ses propres intérêts ? », il permet de séparer un constat sociologique d'une norme, et de montrer que la question est ambiguë.

Origine / fondement

L'origine est le commencement historique d'une chose ; le fondement est ce qui la justifie en raison. Une institution née d'une conquête peut trouver ensuite un fondement, et une institution bien née peut le perdre.

Ce qu'il débloque — Indispensable dès qu'un sujet porte sur la naissance de l'État : il évite de confondre récit et justification.

Exemple — Sur « L'État est-il au service de la société ? », il permet d'accorder à Pascal que l'origine est une usurpation, tout en cherchant avec Rousseau un fondement qui ne soit pas la force.

Obligation / contrainte

La contrainte est une force extérieure qui me fait agir malgré moi ; l'obligation est un devoir reconnu qui me lie de l'intérieur. Je suis contraint par le voleur, obligé par la promesse.

Ce qu'il débloque — Transforme la question de l'obéissance : il ne s'agit plus de savoir si je peux résister, mais si je dois obéir.

Exemple — Sur « Faut-il résister à l'État ? », il permet d'écrire que céder à la force est une nécessité et non un devoir, selon la démonstration de Rousseau au chapitre III du Contrat social.

Public / privé

Le public est ce qui concerne tous et se tient sous le regard commun ; le privé est la sphère soustraite à ce regard, où chacun mène sa vie propre. Le partage lui-même est un enjeu politique.

Ce qu'il débloque — Sert sur tous les sujets où l'on demande jusqu'où l'État peut aller : il permet de définir un domaine qui lui échappe.

Exemple — Sur « L'État a-t-il le devoir de nous protéger ? », il oblige à demander si protéger les individus contre eux-mêmes relève encore du public ou empiète déjà sur le privé.

Universel / général / particulier / singulier

L'universel vaut pour tous sans exception ; le général vaut pour le plus grand nombre ; le particulier ne vaut que pour une partie ; le singulier pour un seul cas.

Ce qu'il débloque — Arme décisive contre les copies qui confondent volonté générale et volonté de tous, ou intérêt général et somme des intérêts.

Exemple — Sur « Revient-il à l'État de décider de ce qui est juste ? », il permet d'opposer la prétention universelle de la loi à la particularité des intérêts qu'elle sert parfois.

Persuader / convaincre

Persuader, c'est emporter l'adhésion par tous les moyens, y compris les passions ; convaincre, c'est l'obtenir par des raisons que l'autre peut examiner et reprendre à son compte.

Ce qu'il débloque — Permet de juger le discours politique, la propagande et la délibération démocratique sans les confondre.

Exemple — Sur « L'État est-il source de liberté ? », il permet de distinguer un peuple éclairé qui délibère d'une opinion façonnée par la communication d'État, comme l'analyse Arendt à propos des régimes totalitaires.

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