« Protéger » va de la sûreté physique à la protection sociale, voire à la protection contre soi-même. Le mot « devoir » oblige à demander si cette protection est la raison d'être de l'État, une de ses fonctions, ou un excès dont la liberté fait les frais.
La protection est-elle la fin qui fonde l'État, ou le nom que prend sa domination lorsqu'elle s'étend à toute la vie ?
Le plan en trois parties
La protection est la raison même de l'institution de l'État
- On n'accepte d'obéir qu'à la condition d'être protégé : obligation et protection sont réciproques.Hobbes, Léviathan, XXI
- Sans pouvoir commun, la vie est solitaire, misérable, brutale et brève : la protection est le premier bien politique.Hobbes, Léviathan, XIII
- Les hommes se réunissent pour préserver leur vie, leur liberté et leurs biens : l'État leur doit cette garantie.Locke, Second Traité du gouvernement civil
Mais un État protecteur peut devenir un État tutélaire
- Un pouvoir doux et prévoyant qui veille sur le sort de chacun réduit les hommes à un troupeau d'animaux timides.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
- Protéger les populations, c'est aussi les administrer, les mesurer et les normaliser.Foucault, Il faut défendre la société
- L'État qui prend en charge notre bien-être outrepasse sa fonction : il doit le droit, non le bonheur.Nozick, Anarchie, État et utopie
L'État doit une protection qui rende libre, non une protection qui dispense d'être libre
- La fin de l'État est la liberté : il protège pour que chacun puisse user de sa raison sans crainte.Spinoza, Traité théologico-politique, XX
- Les biens premiers garantis à tous rendent effective la liberté formelle, au lieu de s'y substituer.Rawls, Théorie de la justice
- La vigilance civique est la condition pour que la protection reste un service et ne devienne pas une emprise.Alain, Propos sur les pouvoirs
La sécurité, lorsqu'elle devient la première demande adressée au pouvoir, ne finit-elle pas par le rendre illimité ?