La « loi du plus fort » est une expression paradoxale : elle nomme loi ce qui est précisément l'absence de loi, le simple rapport de forces. La question est de savoir si la justice institue un autre ordre, ou si elle ne fait que masquer la domination sous le vocabulaire du droit.
La justice supprime-t-elle le règne de la force, ou se contente-t-elle de lui donner la forme respectable du droit ?
Le plan en trois parties
La justice est bien ce qui rompt avec la force
- Le droit remplace la vengeance privée par un jugement public : la force cesse d'être son propre titre.Kant, Doctrine du droit
- La force ne crée aucune obligation : céder à la force est un acte de nécessité, non de devoir.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- Sans justice, les royaumes ne sont que de grandes bandes de brigands.Augustin, La Cité de Dieu, IV, 4
Mais la justice instituée reste soutenue et parfois captée par la force
- La nature donne le droit au plus fort : les lois ne sont qu'une ruse des faibles pour brider les meilleurs.Platon, Gorgias (thèse de Calliclès)
- N'ayant pu rendre fort ce qui est juste, on a rendu juste ce qui est fort.Pascal, Pensées
- Le droit peut n'être que la volonté d'une classe érigée en loi.Marx, Le Manifeste du Parti communiste
La justice ne supprime pas la force, elle la soumet à des règles publiques
- L'État moderne revendique le monopole de la violence légitime : la force subsiste, mais encadrée et attribuée.Weber, Le Savant et le Politique
- La justice comme équité juge les institutions par la position des plus défavorisés, non par la puissance des plus forts.Rawls, Théorie de la justice
- La publicité du droit interdit les maximes que le pouvoir devrait cacher pour réussir.Kant, Projet de paix perpétuelle
Une justice qui aurait besoin de la force pour s'imposer peut-elle prétendre la juger ?