Obéir, c'est agir selon une volonté qui n'est pas la sienne, ce qui semble la définition même de la dépendance. Mais il faut distinguer l'obéissance à un maître, qui aliène, et l'obéissance à une loi dont on est l'auteur, qui peut libérer.
Toute obéissance est-elle aliénation, ou existe-t-il une obéissance par laquelle la liberté se réalise ?
Le plan en trois parties
Obéir semble contraire à la liberté
- L'obéissance prolongée devient habitude, et l'habitude sert de fondement à la domination.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
- Le pouvoir produit des corps dociles : l'obéissance n'est pas seulement subie, elle est fabriquée.Foucault, Surveiller et punir
- L'État nouvelle idole réclame l'obéissance en se faisant passer pour le peuple lui-même.Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
Mais l'obéissance à la loi n'est pas la soumission à un maître
- L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté : le citoyen obéit à lui-même.Rousseau, Du contrat social, I, 8
- Est libre le sujet qui obéit à un ordre conforme à son propre intérêt, non à celui qui commande.Spinoza, Traité théologico-politique, XVI
- L'autonomie n'est pas l'absence de règle mais la soumission à une règle que la raison reconnaît.Kant, Doctrine du droit
Obéir librement suppose de pouvoir désobéir
- Le citoyen unit obéissance et résistance : c'est ce qui distingue le civisme de la docilité.Alain, Propos sur les pouvoirs
- La désobéissance civile publique et non violente prouve que l'obéissance était consentie.Rawls, Théorie de la justice
- L'obéissance des fonctionnaires d'un régime criminel montre qu'obéir sans juger est une démission morale.Arendt, Eichmann à Jérusalem
Une obéissance dont on n'a jamais éprouvé la possibilité de se déprendre est-elle encore un choix ?