Le consentement peut être exprès, tacite ou simplement supposé, et la différence est décisive : un pouvoir qu'on subit sans révolte peut passer pour consenti. La question est de savoir si le consentement est le fondement du pouvoir ou l'effet de sa durée.
Le consentement fonde-t-il l'autorité politique, ou n'est-il que le nom paisible de l'accoutumance à la domination ?
Le plan en trois parties
Seul le consentement peut fonder une autorité légitime
- Nul n'a d'autorité naturelle sur son semblable : toute autorité légitime repose sur des conventions.Rousseau, Du contrat social, I, 4
- Les hommes ne sont soumis à aucun pouvoir politique sans leur propre consentement.Locke, Second Traité du gouvernement civil
- Le pacte est une autorisation : le souverain agit au nom de ceux qui l'ont institué.Hobbes, Léviathan, XVII
Mais bien des pouvoirs durent sans consentement véritable
- L'autorité peut reposer sur la tradition ou sur le charisme, c'est-à-dire sur la coutume ou la fascination.Weber, Le Savant et le Politique
- La servitude est volontaire au sens où elle est entretenue par l'habitude, non librement voulue.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
- Le pouvoir façonne les sujets qui le consentent : le consentement peut être un effet du pouvoir.Foucault, Surveiller et punir
Un consentement qui fonde est un consentement discuté et révocable
- Ce n'est pas le vote seul mais la délibération publique qui donne au consentement son contenu rationnel.Habermas, L'Espace public
- Le pouvoir cesse là où cesse l'action concertée : il se maintient par un soutien constamment renouvelé.Arendt, Du mensonge à la violence
- Le peuple peut retirer sa confiance au gouvernement qui trahit le dépôt reçu.Locke, Second Traité du gouvernement civil
Une abstention massive doit-elle se lire comme un consentement tacite ou comme un retrait de légitimité ?