La sécurité est la première fin que les théories du contrat assignent à l'État, ce qui lui donne une force d'argument considérable. Le danger est qu'un motif toujours invocable devienne un blanc-seing pour toute mesure.
La sécurité, qui fonde l'État, peut-elle en même temps justifier la suspension des libertés qu'il devait garantir ?
Le plan en trois parties
La sécurité est la fin première : elle autorise beaucoup
- Le pacte a pour objet la conservation de la vie : la sûreté est la raison d'être du souverain.Hobbes, Léviathan, XVII
- Sans sécurité, il n'y a ni industrie, ni science, ni société : elle conditionne tous les autres biens.Hobbes, Léviathan, XIII
- Le prince doit parfois s'écarter des règles ordinaires pour sauver l'État menacé.Machiavel, Le Prince
Mais une sécurité sans limite détruit ce qu'elle protège
- La fin de l'État n'est pas la seule survie mais la liberté de penser et de vivre sans crainte.Spinoza, Traité théologico-politique, XX
- Un pouvoir tutélaire qui veille sur tout finit par ôter aux hommes le souci d'eux-mêmes.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
- La sécurité sert de nom à une gestion continue des populations et de leurs risques.Foucault, Il faut défendre la société
Les mesures de sécurité ne valent que soumises au droit et au contrôle
- Aucune circonstance ne place la puissance publique au-dessus des lois qu'elle applique.Kant, Doctrine du droit
- La séparation des pouvoirs interdit que l'exécutif soit seul juge de la nécessité.Montesquieu, De l'esprit des lois, XI
- Les libertés fondamentales ne se négocient pas contre des avantages : elles ont priorité.Rawls, Théorie de la justice
Une mesure d'exception qui dure encore dix ans après la menace est-elle toujours une mesure d'exception ?