La neutralité de l'État signifie qu'il ne privilégie aucune conception particulière de la vie bonne, notamment religieuse. Elle se distingue de l'indifférence : un État neutre peut défendre activement les conditions du pluralisme.
L'État peut-il s'abstenir de promouvoir une conception du bien sans renoncer à toute exigence morale ?
Le plan en trois parties
L'État doit être neutre pour rendre possible la coexistence
- La fin de l'État est la liberté : il n'a pas à régler ce que chacun pense, seulement ce que chacun fait.Spinoza, Traité théologico-politique, XX
- Le magistrat civil n'a pas la charge du salut des âmes : la tolérance découle des limites de sa mission.Locke, Lettre sur la tolérance
- La justice comme équité se veut politique et non métaphysique : elle ne tranche pas entre les doctrines du bien.Rawls, Théorie de la justice
Mais la neutralité absolue est impossible et parfois complice
- L'État est le lieu où une communauté se donne ses mœurs : il porte nécessairement des valeurs.Hegel, Principes de la philosophie du droit
- La cité vise le bien vivre, non la seule sûreté : elle a une fin morale.Aristote, Les Politiques, III
- Une neutralité formelle laisse jouer les inégalités réelles au profit des dominants.Marx, Le Manifeste du Parti communiste
La neutralité n'est pas l'abstention : c'est une impartialité active
- L'État ne tranche pas entre les fins, mais garantit à chacun les moyens de poursuivre les siennes.Rawls, Théorie de la justice
- L'impartialité s'éprouve à la publicité des raisons données : ce qui ne peut être avoué n'est pas neutre.Kant, Projet de paix perpétuelle
- L'espace public de discussion est ce que l'État doit protéger, plutôt qu'une doctrine particulière.Habermas, L'Espace public
Un État qui doit défendre les conditions du pluralisme peut-il rester neutre à l'égard de ceux qui veulent l'abolir ?