La crainte est ici ambivalente : elle peut nommer la peur du châtiment, qui fait obéir, ou la méfiance politique, qui fait surveiller. Le sujet demande si cette crainte est une faiblesse du citoyen ou une vertu civique.
La crainte de l'État est-elle le ressort de l'obéissance, ou au contraire la condition d'une liberté vigilante ?
Le plan en trois parties
Il faut craindre l'État, car la crainte tient les hommes dans l'ordre
- Sans une puissance capable d'inspirer la terreur, les pactes ne sont que des mots.Hobbes, Léviathan, XVII
- L'appareil pénal fait de la peine un spectacle et une discipline : il gouverne par la crainte.Foucault, Surveiller et punir
- Il vaut mieux pour le prince être craint qu'aimé, si l'on ne peut être les deux.Machiavel, Le Prince
Mais un État qui règne par la crainte manque sa fin
- L'État qui gouverne par la terreur ne règne pas sur des hommes libres mais sur des esclaves.Spinoza, Traité théologico-politique, XX
- La terreur est le principe même du régime totalitaire, qui détruit l'espace politique.Arendt, Les Origines du totalitarisme
- L'habitude de craindre engendre la servitude volontaire, non le civisme.La Boétie, Discours de la servitude volontaire
Ce qu'il faut, ce n'est pas la peur mais la défiance instituée
- Puisque tout pouvoir tend à l'abus, il faut disposer les choses de telle sorte qu'il soit arrêté.Montesquieu, De l'esprit des lois, XI
- La défiance du citoyen envers les pouvoirs est une vertu, distincte de la peur du sujet.Alain, Propos sur les pouvoirs
- La liberté des modernes exige des garanties opposables : le droit remplace la crainte par la sûreté.Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes
Une société qui n'aurait plus aucune défiance envers son État serait-elle libre ou seulement rassurée ?