Histoire — Thème 3 : Faire la France depuis 1945 · De la fondation de la Ve République aux mutations politiques et sociales contemporaines
La IVe République (1946-1958) est paralysée par l'instabilité ministérielle (25 gouvernements en 12 ans) et incapable de résoudre la guerre d'Algérie (1954-1962). En mai 1958, le putsch d'Alger provoque une crise institutionnelle majeure. Le général Charles de Gaulle, héros de la Résistance, revient au pouvoir le 1er juin 1958.
La Constitution de 1958, rédigée sous l'impulsion de Michel Debré et De Gaulle, est approuvée par référendum (79,25 % de oui). Elle est fondée sur le principe de la séparation des pouvoirs mais avec un exécutif renforcé. De Gaulle est élu président en décembre 1958 par un collège de grands électeurs.
En 1962, après l'attentat du Petit-Clamart, De Gaulle propose par référendum l'élection du Président au suffrage universel direct (62 % de oui). Cette réforme renforce la légitimité populaire du chef de l'État et transforme profondément le régime.
De Gaulle incarne une vision de la France fondée sur la grandeur nationale et l'indépendance. En politique étrangère, il pratique une diplomatie de puissance : développement de la force de frappe nucléaire (1960, premier essai), retrait de l'OTAN (commandement intégré, 1966), reconnaissance de la Chine communiste, discours de Phnom Penh critique des États-Unis (1966).
Sur le plan intérieur, la décolonisation est le défi majeur. Après des années de guerre, les accords d'Évian (18 mars 1962) mettent fin à la guerre d'Algérie et accordent l'indépendance. C'est un traumatisme pour les pieds-noirs et une partie de l'armée (OAS).
La France connaît alors la croissance économique des Trente Glorieuses. Mais en mai 1968, une vague de contestation étudiante et ouvrière secoue le pays. La grève générale paralyse la France. De Gaulle dissout l'Assemblée et remporte les législatives de juin. Mais affaibli, il démissionne après l'échec du référendum d'avril 1969.
Georges Pompidou (1969-1974) poursuit la modernisation économique de la France (autoroutes, industrie lourde, TGV en projet). Il adopte une politique européenne plus ouverte (entrée du Royaume-Uni dans la CEE en 1973). Mais son septennat est brutalement interrompu par sa mort en 1974.
Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981), premier président non gaulliste de la Ve République, impulse des réformes sociales importantes : abaissement de la majorité électorale à 18 ans (1974), légalisation de l'IVG (loi Veil, 1975), divorce par consentement mutuel (1975).
Mais le choc pétrolier de 1973 (puis 1979) brise la croissance des Trente Glorieuses. Le chômage et l'inflation s'installent. La gauche unie (programme commun PCF-PS de 1972) représente une alternative crédible. Giscard perd face à François Mitterrand en mai 1981.
Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu Président de la République, réalisant la première alternance de la Ve République. C'est une rupture symbolique forte : la gauche arrive à l'Élysée pour la première fois depuis 1958.
Le gouvernement Mauroy (1981-1983) engage de nombreuses réformes : nationalisations de banques et groupes industriels, 5e semaine de congés payés, abolition de la peine de mort (loi Badinter, septembre 1981), décentralisation (loi Defferre, 1982).
Mais la rigueur s'impose en 1983 face à la crise économique : tournant de la rigueur de Jacques Delors. La gauche renonce à la relance keynésienne. Le PS perd les élections législatives en 1986, inaugurant la première cohabitation.
La Ve République connaît trois épisodes de cohabitation :
| Période | Président | Premier ministre |
|---|---|---|
| 1986-1988 | Mitterrand (PS) | Chirac (RPR) |
| 1993-1995 | Mitterrand (PS) | Balladur (RPR) |
| 1997-2002 | Chirac (RPR) | Jospin (PS) |
Ces cohabitations révèlent la flexibilité du régime mais aussi ses tensions. En 2000, le passage au quinquennat (par référendum) et le changement du calendrier électoral réduisent le risque de cohabitation.
Le 21 avril 2002 est un séisme politique : Jean-Marie Le Pen (Front national) se qualifie pour le second tour face à Chirac, éliminant le socialiste Lionel Jospin. Cet événement révèle la fragmentation du vote de gauche et la montée de l'extrême droite.
Jacques Chirac est réélu en 2002 (82 % face au FN). Son second mandat est marqué par le refus de participer à la guerre en Irak (2003), les émeutes des banlieues (octobre-novembre 2005), le rejet du Traité constitutionnel européen par référendum (mai 2005, 54,7 % de non).
Nicolas Sarkozy (2007-2012) adopte un style présidentiel très volontariste (hyperprésidentialisme). Il gère la crise financière de 2008, réforme les retraites (2010) au prix d'une contestation sociale massive. Il est battu par François Hollande en 2012.
François Hollande (2012-2017) affronte une France divisée : mariage pour tous (2013), réforme du travail (loi El Khomri, 2016), attentats terroristes majeurs (Charlie Hebdo, janvier 2015 ; Bataclan, novembre 2015 ; Nice, juillet 2016). Il renonce à se représenter en 2016, premier président sortant sous la Ve République à y renoncer.
L'élection de Emmanuel Macron en mai 2017 consacre une recomposition politique inédite. Fondateur du mouvement En Marche ! (devenu La République En Marche, puis Renaissance), il bat Marine Le Pen au second tour (66 % contre 34 %) après avoir éliminé les candidats PS et Les Républicains dès le premier tour.
Cette recomposition traduit plusieurs tendances de fond :
Le second mandat de Macron (élu en 2022 face à Marine Le Pen avec 58,5 %) est marqué par la perte de la majorité absolue à l'Assemblée, la réforme des retraites controversée (2023) et la montée des tensions politiques.
Cette frise synthétise les dates-clés de la Ve République depuis sa fondation :
Ce schéma illustre l'enchaînement des facteurs qui fragilisent aujourd'hui la Ve République :
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