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L'affirmation de l'État dans le royaume de France
Monarchie absolue, François Ier, édit de Nantes, Louis XIV et Versailles, société de cour, administration, Colbert (programme d'histoire de 2nde)
À propos de cette page
Les repères à connaître
14 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1515Avènement de François Ier, victoire de MarignanOuvre le chapitre : un roi guerrier et mécène qui pose les premiers instruments de l'État.
- 1516Concordat de BologneLe roi nomme désormais les évêques et les abbés : il contrôle l'Église de France.
- 1539Ordonnance de Villers-CotterêtsLe français devient la langue des actes de justice ; les curés tiennent les registres de baptêmes.
- 1562Massacre de Wassy, début des guerres de religionTrente-six ans de guerres civiles menacent de dissoudre l'autorité royale.
- 1572Massacre de la Saint-Barthélemy (24 août)Sommet de la violence religieuse, qui pousse à penser un État au-dessus des confessions.
- 1598Édit de Nantes (Henri IV)Tolérance civile imposée par le roi : la paix de l'État passe avant l'unité religieuse.
- 1624-1642Richelieu principal ministre de Louis XIIILutte contre le parti protestant et les grands, généralisation des intendants, guerre contre l'Espagne.
- 1628Prise de La RochelleFin de la puissance militaire protestante, confirmée par l'édit de grâce d'Alès (1629).
- 1648-1653La FrondeRévolte du parlement, des princes et de Paris : le jeune Louis XIV en garde une méfiance durable.
- 1661Début du règne personnel de Louis XIVÀ la mort de Mazarin, le roi gouverne sans principal ministre : apogée de la monarchie absolue.
- 1664Création des Compagnies des Indes orientales et occidentalesInstruments de la politique mercantiliste de Colbert, à la conquête du grand commerce.
- 1682Installation de la cour à Versailles (6 mai)Versailles devient le siège du pouvoir et le théâtre de la société de cour.
- 1685Révocation de l'édit de Nantes (édit de Fontainebleau)Louis XIV impose l'unité religieuse : exil de 150 000 à 200 000 protestants selon les estimations.
- 1715Mort de Louis XIV (1er septembre)Fin du chapitre : un État renforcé mais endetté ; le parlement casse aussitôt le testament du roi.
François Ier et l'affirmation du pouvoir royal (1515-1547)
En 1515, le royaume de France compte de l'ordre de 15 millions d'habitants (estimation), mais c'est une mosaïque : provinces aux coutumes et privilèges différents, langues multiples (occitan, breton, flamand…), grands seigneurs puissants, Église riche. Le roi, sacré à Reims, est respecté, mais son pouvoir s'exerce de loin.
La guerre. François Ier (1515-1547) ouvre son règne par la victoire de Marignan (13-14 septembre 1515). Les guerres contre Charles Quint, malgré la capture du roi à Pavie (1525), exigent soldats et impôts : la taille augmente, l'administration financière grossit.
L'Église. Par le Concordat de Bologne (1516), signé avec le pape Léon X, le roi nomme les évêques et les abbés du royaume ; le pape ne fait que leur donner l'institution canonique. Le roi dispose ainsi des grands bénéfices ecclésiastiques pour récompenser ses fidèles.
La justice, la langue, les offices. En août 1539, l'ordonnance de Villers-Cotterêts (192 articles) exige que les actes de justice soient rédigés « en langage maternel françois et non autrement » et que les curés tiennent des registres de baptêmes. Depuis 1522, le bureau des parties casuelles organise la vente des offices : le Trésor s'enrichit et un corps d'officiers se lie au roi.
Le prestige. Mécène, François Ier accueille Léonard de Vinci (1516), lance Chambord (1519) et fonde le Collège des lecteurs royaux (1530). Sa cour, encore itinérante, le suit de château en château.
Des guerres de religion à l'édit de Nantes (1562-1610)
La Réforme se diffuse en France dès les années 1520-1530. Après la mort d'Henri II (1559), ses fils François II, Charles IX et Henri III règnent sous l'influence de leur mère, Catherine de Médicis : l'autorité royale s'affaiblit.
Le massacre de Wassy (1er mars 1562), où les hommes du duc de Guise tuent des protestants réunis pour le culte, ouvre huit guerres de religion. La Saint-Barthélemy (24 août 1572) fait plusieurs milliers de victimes protestantes à Paris puis en province. Les grands lèvent leurs armées, la Ligue catholique défie le roi : l'État menace de se dissoudre.
La crise nourrit la réflexion politique. En 1576, Jean Bodin définit dans Les Six Livres de la République la souveraineté comme « la puissance absolue et perpétuelle d'une République » : indivisible, elle permet au roi de donner la loi à tous. Les « politiques » placent la paix de l'État au-dessus de l'unité de foi.
Henri III est assassiné en 1589 ; l'héritier est le protestant Henri de Navarre, Henri IV. Pour être accepté, il abjure à Saint-Denis (25 juillet 1593), est sacré à Chartres (1594) et entre dans Paris.
En avril 1598, l'édit de Nantes rétablit le culte catholique partout, mais accorde aux protestants la liberté de conscience, un culte autorisé dans des lieux précis (jamais à Paris), l'accès à toutes les charges, des chambres de justice spéciales et, par brevets, des places de sûreté pour huit ans. La même année, la paix de Vervins est signée avec l'Espagne.
Avec Sully, Henri IV restaure les finances ; la paulette (1604) rend les offices héréditaires contre un droit annuel. Il est assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610.
Richelieu et Mazarin : l'État forgé par la guerre (1610-1661)
Louis XIII devient roi à huit ans (1610), sous la régence de sa mère, Marie de Médicis. Les états généraux de 1614-1615 sont les derniers réunis avant 1789.
Principal ministre de 1624 à sa mort (1642), le cardinal de Richelieu résume son programme dans son Testament politique (publié en 1688) : « ruiner le parti huguenot, rabaisser l'orgueil des grands ».
- Les protestants : après le siège de La Rochelle (1627-1628), l'édit de grâce d'Alès (1629) leur retire leurs places de sûreté mais maintient leur culte.
- Les grands : édit contre les duels (1626), exécution du comte de Montmorency-Bouteville (1627), complots réprimés.
- L'administration : dans les années 1630, des intendants, commissaires révocables, sont envoyés de façon régulière dans les provinces ; l'Académie française (1635) doit fixer la langue.
En 1635, la France entre en guerre ouverte contre l'Espagne. Pour payer l'armée, la pression fiscale augmente fortement et provoque des révoltes paysannes, durement réprimées : Croquants du Périgord (1636-1637), Nu-pieds de Normandie (1639). La guerre « fait » l'État : il lui faut de l'impôt, des soldats et des agents pour les lever.
En 1643, Louis XIV a quatre ans ; la régente Anne d'Autriche gouverne avec le cardinal Mazarin. Les traités de Westphalie (1648) donnent au roi une grande partie de l'Alsace. Mais la Fronde (1648-1653) dresse contre Mazarin le parlement de Paris, des princes comme Condé et une partie des Parisiens ; en janvier 1649, la cour doit fuir la capitale. Le jeune roi en garde une méfiance durable envers Paris, les grands et les parlements.
Mazarin rétablit l'ordre, fait sacrer Louis XIV à Reims (1654) et obtient de l'Espagne le Roussillon et l'Artois au traité des Pyrénées (1659). Il meurt le 9 mars 1661.
1661 : Louis XIV gouverne seul, la monarchie absolue de droit divin
Le 10 mars 1661, au lendemain de la mort de Mazarin, Louis XIV, 22 ans, annonce qu'il gouvernera sans principal ministre ; dans ses Mémoires destinés au Dauphin, il écrit : « je résolus sur toutes choses de ne point prendre de premier ministre ». Le 5 septembre 1661, il fait arrêter le surintendant des finances Nicolas Fouquet, jugé trop puissant.
Le roi décide, entouré de conseils. Au Conseil d'en haut siègent quelques ministres choisis pour leur compétence, souvent issus de familles d'officiers plutôt que de la haute noblesse : Colbert, Le Tellier et son fils Louvois, Lionne. Quatre secrétaires d'État (Guerre, Marine, Affaires étrangères, Maison du roi) préparent et expédient les décisions.
Le roi est obéi en province. Dans chaque généralité, un intendant de justice, police et finances, révocable, surveille les officiers, répartit l'impôt et informe le Conseil. Paris reçoit un lieutenant général de police (La Reynie, 1667).
Le roi fait la loi. Les grandes ordonnances civile (1667) et criminelle (1670) unifient la procédure dans tout le royaume. En 1673, les parlements doivent enregistrer les édits avant toute remontrance ; les états généraux ne sont plus réunis.
Bossuet, précepteur du Dauphin de 1670 à 1680, en donne la théorie dans la Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte (publiée en 1709) : l'autorité royale est « sacrée », « paternelle », « absolue » et « soumise à la raison ».
Versailles, le Roi-Soleil et la société de cour
Dans le Ballet royal de la Nuit (1653), le jeune roi danse le rôle du Soleil levant ; en 1662, il adopte l'emblème du soleil et la devise Nec pluribus impar. Le soleil, autour duquel tout gravite, dit l'ambition du règne.
À partir de 1661, Louis XIV transforme le pavillon de chasse de son père à Versailles : Le Vau pour l'architecture, Le Nôtre pour les jardins, Le Brun pour le décor, puis Hardouin-Mansart à partir de 1678. Le 6 mai 1682, la cour et le gouvernement s'y installent officiellement. Au plafond de la galerie des Glaces (1678-1684), les peintures de Le Brun célèbrent le gouvernement personnel et les victoires du roi.
La société de cour rassemble autour du roi princes, grands seigneurs, courtisans et domestiques. L'étiquette règle chaque moment de la journée royale, du lever au coucher : assister au lever, tenir le bougeoir, être invité à Marly sont des faveurs recherchées. Le duc de Saint-Simon note dans ses Mémoires : « Avec un almanach et une montre, on pouvait, à trois cents lieues de là, dire ce qu'il faisait. »
La cour sert le pouvoir : les grands, qui avaient fait la Fronde, vivent sous le regard du roi et attendent de lui pensions, charges et gouvernements. Le sociologue Norbert Elias (La Société de cour, 1969) y voit un instrument de contrôle de la noblesse ; les historiens nuancent : seule une petite partie de la noblesse vit à Versailles, et les courtisans y trouvent aussi leur intérêt.
Les arts servent la gloire du roi : Académie de peinture et de sculpture (1648), Académie des sciences (1666), Lully, Molière, Racine ; Racine et Boileau deviennent historiographes du roi en 1677. Versailles impressionne l'étranger : le 1er septembre 1686, les ambassadeurs du roi de Siam sont reçus dans la galerie des Glaces.
Colbert : mercantilisme, manufactures et compagnies des Indes
Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), ancien homme de confiance de Mazarin, devient contrôleur général des finances (1665) puis secrétaire d'État de la Marine et de la Maison du roi (1669). Son but : donner au roi les moyens de sa gloire et de ses guerres.
Produire en France. Les manufactures royales fabriquent des produits de luxe jusque-là importés : glaces (1665), pour concurrencer Venise ; tapisseries et meubles des Gobelins (1667). Des règlements fixent la qualité des draps (1669). Le canal du Midi de Pierre-Paul Riquet (1666-1681) relie l'Atlantique à la Méditerranée.
Protéger le marché. Les tarifs douaniers de 1664 et 1667 frappent les produits étrangers, surtout hollandais ; cette rivalité commerciale compte parmi les causes de la guerre de Hollande (1672-1678).
Commercer au loin. En 1664 naissent la Compagnie des Indes orientales et la Compagnie des Indes occidentales, compagnies à monopole : elles seules peuvent commercer dans une zone donnée. La première a son port à Lorient (1666) et fonde le comptoir de Pondichéry, en Inde (1674). Colbert bâtit une puissante marine de guerre (arsenal de Rochefort, 1666). La Nouvelle-France devient colonie royale (1663) ; aux Antilles, l'économie sucrière repose sur l'esclavage, que réglemente le Code noir (1685), préparé sous Colbert.
Un bilan contrasté. Les compagnies manquent de capitaux : le roi presse courtisans et officiers de souscrire, et la Compagnie des Indes occidentales est dissoute dès 1674. Mais la France se dote d'une marine et d'industries de luxe durables.
Un roi, une foi ? La révocation et les limites de l'État absolu
L'unité religieuse. Pour Louis XIV, l'unité du royaume passe par l'unité de foi. L'édit de Nantes est appliqué au plus strict, une caisse des conversions paie les abjurations (1676) et, à partir de 1681, les dragonnades logent des soldats chez les protestants pour les forcer à se convertir. En octobre 1685, l'édit de Fontainebleau révoque l'édit de Nantes : temples détruits, pasteurs bannis, émigration interdite aux fidèles. Entre 150 000 et 200 000 protestants (selon les estimations) fuient pourtant vers les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Suisse ou le Brandebourg ; d'autres prient en secret « au Désert », et les Camisards des Cévennes se soulèvent (1702-1704).
Face au pape, le roi défend le gallicanisme (Déclaration des Quatre articles, 1682) ; contre les jansénistes, il fait raser Port-Royal des Champs (1711).
Des limites réelles. Les quatre grandes guerres du règne agrandissent le royaume (Franche-Comté, 1678 ; Strasbourg, 1681) mais l'épuisent : il faut créer la capitation (1695) puis le dixième (1710), qui touchent aussi les privilégiés, et la dette dépasse deux milliards de livres en 1715. Les famines de 1693-1694 et de 1709 aggravent la misère. Les résistances demeurent : révolte des Bonnets rouges en Bretagne (1675), pays d'états qui négocient l'impôt, officiers propriétaires de leur charge. Le 2 septembre 1715, au lendemain de la mort du roi, le parlement de Paris casse son testament.
Les pièges à éviter
- « L'État, c'est moi » : aucune source fiable n'atteste cette phrase. Ne la cite jamais comme authentique.
- Absolu n'est pas despotique : le roi est soumis à Dieu et aux lois fondamentales, et il gouverne avec des relais (officiers, élites locales) qui négocient.
- L'édit de Nantes n'est pas la liberté religieuse : c'est une tolérance limitée ; le catholicisme reste la religion du royaume. Ne parle pas de laïcité.
- Alès (1629) n'est pas la révocation (1685) : Richelieu retire aux protestants leurs places fortes, pas leur culte ; c'est Louis XIV qui révoque.
- Villers-Cotterêts n'oblige pas les sujets à parler français : l'ordonnance vise les actes de justice ; la plupart des sujets parlent encore leur langue régionale au XIXe siècle.
- Versailles : chantier dès 1661, installation de la cour en 1682. Toute la noblesse n'y vit pas.
- Colbert n'est pas libéral : le mercantilisme, c'est l'intervention de l'État, l'inverse du libre-échange.
- Anachronisme : le royaume de 1515 n'est pas la France actuelle (Franche-Comté en 1678, Lorraine en 1766, Savoie et Nice en 1860).
- L'État s'affirme entre 1515 et 1715 par la guerre, l'extension du territoire, le contrôle de l'Église, la justice et l'administration.
- François Ier : Concordat de Bologne (1516), ordonnance de Villers-Cotterêts (1539).
- Henri IV met fin aux guerres de religion par l'édit de Nantes (1598) ; Richelieu brise le parti protestant (La Rochelle, 1628) et les grands.
- Louis XIV gouverne seul à partir de 1661 : monarchie absolue de droit divin, intendants, ordonnances, cour installée à Versailles en 1682.
- Colbert applique le mercantilisme : manufactures royales, tarifs, Compagnies des Indes (1664).
- La révocation de l'édit de Nantes (1685) impose l'unité religieuse, au prix de l'exil de 150 000 à 200 000 protestants.
- Limites : lois fondamentales, officiers et élites qui négocient, révoltes, guerres ruineuses, dette.
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