Collège · 5ᵉ · Histoire
Les réformes religieuses en Europe
Luther, Calvin, la Réforme et les guerres de religion
À propos de cette page
Vers 1500 : une Église critiquée, des chrétiens inquiets
Vers 1500, les chrétiens d'Occident sont hantés par une question : comment être sauvé et échapper à l'enfer ? L'Église propose des réponses : messes, pèlerinages, reliques, et surtout les indulgences.
Cette Église est critiquée de partout : des papes princes et guerriers, des évêques qui cumulent les charges sans jamais résider, des curés ignorants, des moines jugés paresseux. Les humanistes, Érasme en tête, se moquent de ces abus et réclament un retour à l'Évangile — mais sans quitter l'Église.
Luther : 1517 et la rupture
Martin Luther (1483-1546) est un moine allemand, professeur de théologie à Wittenberg, en Saxe. Torturé par la peur de la damnation, il trouve dans saint Paul une réponse qui le libère : l'homme est sauvé par la foi seule, par la grâce de Dieu, et non par ses bonnes œuvres ni par son argent. La vente des indulgences lui paraît donc une escroquerie.
Le 31 octobre 1517, il rend publiques 95 thèses contre les indulgences. Grâce à l'imprimerie, elles sont lues dans toute l'Allemagne en quelques semaines. Sommé de se rétracter, Luther refuse, brûle en public la bulle du pape qui le menace (1520), et est excommunié en janvier 1521. Convoqué devant l'empereur Charles Quint à la diète de Worms (avril 1521), il maintient : « Je ne puis ni ne veux rien rétracter. » Mis au ban de l'Empire, il est caché par le prince de Saxe à la Wartburg, où il traduit le Nouveau Testament en allemand.
Ce que croient les protestants
| Catholiques | Protestants | |
|---|---|---|
| Le salut | par la foi et les œuvres (prières, aumônes, pèlerinages) | par la foi seule, don gratuit de Dieu |
| L'autorité | la Bible et la tradition de l'Église, interprétée par le pape | la Bible seule, que chacun doit lire — donc traduite |
| Le clergé | prêtres célibataires, intermédiaires obligés entre Dieu et les fidèles | des pasteurs mariés qui enseignent ; tout croyant est prêtre (sacerdoce universel) |
| Les sacrements | sept | deux : le baptême et la cène |
| Le pape | chef de l'Église, successeur de saint Pierre | refusé : aucune autorité sur les croyants |
| Le culte | messe en latin, culte des saints et de la Vierge, images, reliques | culte en langue du pays, chant des psaumes, ni saints, ni images, ni reliques |
Calvin, Genève et la diffusion de la Réforme
La Réforme se répand vite, sous des formes différentes.
- Jean Calvin (1509-1564), un Français réfugié, publie en 1536 l'Institution de la religion chrétienne et organise à partir de 1541 la ville de Genève en « Rome protestante » : discipline sévère, pasteurs et anciens élus, écoles. Il enseigne la prédestination : Dieu a choisi de toute éternité ceux qui seront sauvés. Le calvinisme gagne la France (les huguenots), les Pays-Bas, l'Écosse.
- Le luthéranisme s'impose dans le nord de l'Allemagne et en Scandinavie, où les princes y trouvent l'avantage de confisquer les biens d'Église. La paix d'Augsbourg (1555) fixe la règle « tel prince, telle religion » : chaque prince choisit la religion de ses sujets.
- En Angleterre, Henri VIII, à qui le pape refuse l'annulation de son mariage, se proclame chef de l'Église d'Angleterre (Acte de suprématie, 1534) : c'est l'anglicanisme.
La réponse catholique : le concile de Trente et les jésuites
L'Église catholique réagit par une double stratégie — se réformer elle-même et combattre le protestantisme — que l'on appelle Réforme catholique ou Contre-Réforme.
| Le concile de Trente (1545-1563) | Il réaffirme tout ce que les protestants rejettent : les sept sacrements, le salut par la foi et les œuvres, l'autorité du pape et de la tradition, le culte des saints, la messe en latin. Mais il corrige les abus : les évêques doivent résider dans leur diocèse, des séminaires forment les futurs prêtres, un catéchisme unique enseigne la foi aux fidèles. |
|---|---|
| Les jésuites (1540) | La Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola, obéit directement au pape. Ses collèges forment les élites catholiques d'Europe ; ses missionnaires, comme François Xavier, partent en Asie et en Amérique. |
| La répression | L'Inquisition romaine (1542) poursuit les hérétiques ; l'Index (1559) dresse la liste des livres interdits. |
| L'art | Contre la nudité des temples, l'art baroque déploie or, marbre, coupoles et émotion : la beauté doit ramener les fidèles. |
La France déchirée : les guerres de religion (1562-1598)
En France, les calvinistes — les huguenots — représentent vers 1560 environ un dixième de la population, dont une partie de la noblesse. Le roi est catholique, mais le pouvoir royal est faible : Charles IX a dix ans à son avènement, et sa mère Catherine de Médicis gouverne. Chaque camp a ses chefs — les Guise pour les catholiques, les Bourbons et Coligny pour les protestants.
Le 1er mars 1562, des hommes du duc de Guise massacrent des protestants réunis pour le culte à Wassy, en Champagne : c'est le début de huit guerres en trente-six ans. L'épisode le plus terrible est le massacre de la Saint-Barthélemy : le 24 août 1572, à Paris, où les chefs protestants sont venus pour le mariage d'Henri de Navarre avec la sœur du roi, environ 3 000 huguenots sont tués en quelques jours, puis près de 10 000 en province.
L'édit de Nantes (1598) : la paix par la tolérance
Signé le 13 avril 1598, l'édit de Nantes est un compromis : il ne met pas les deux religions à égalité, mais il donne aux protestants de quoi vivre en sécurité.
| Liberté de conscience | chacun peut croire ce qu'il veut, partout dans le royaume, sans être inquiété |
|---|---|
| Liberté de culte | limitée : le culte protestant est autorisé seulement dans certains lieux (là où il existait déjà, chez certains seigneurs), et interdit à Paris |
| Égalité civile | les protestants ont accès à toutes les charges, aux écoles, aux hôpitaux ; des chambres de justice mixtes jugent leurs procès |
| Places de sûreté | environ 150 villes fortifiées (La Rochelle, Montauban…) leur sont laissées pour huit ans, avec des garnisons payées par le roi |
- Vers 1500 : angoisse du salut, vente des indulgences, abus du clergé, critiques des humanistes.
- Luther, moine allemand : 95 thèses le 31 octobre 1517 ; excommunié et mis au ban de l'Empire (1521, diète de Worms). Salut par la foi seule, Bible seule, ni pape ni saints, deux sacrements, pasteurs mariés, culte en langue du pays.
- Calvin à Genève (1536-1541) : prédestination, discipline ; huguenots en France. Paix d'Augsbourg (1555) : « tel prince, telle religion ». Henri VIII : anglicanisme (1534).
- Réponse catholique : concile de Trente (1545-1563) réaffirme la doctrine et corrige les abus (séminaires, catéchisme) ; jésuites (1540) ; Inquisition, Index ; art baroque.
- France : huguenots ≈ 10 %. Wassy (1562) → 8 guerres. Saint-Barthélemy, 24 août 1572. Henri IV abjure (1593), édit de Nantes (1598) : liberté de conscience, culte limité, égalité civile, places de sûreté.
- L'édit est révoqué par Louis XIV en 1685.
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