Le regard est à la fois un sens, un instrument de connaissance et une forme de pouvoir : on regarde pour désirer, pour savoir, pour juger. Le sujet demande si cette notion permet de relier le projet anatomique de Zola et la construction de son récit.
Le regard est-il, dans le roman, un simple motif, ou le principe qui organise à la fois l’intrigue et la place du lecteur ?
Le plan en trois parties
Un regard qui désire
- Le désir naît d’un examen : Thérèse détaille le corps de Laurent, pièce par pièce, comme on inspecte un animal.Thérèse examinant Laurent, chap. V
- Avant de regarder, Thérèse est elle-même un objet exposé derrière une vitre : elle est vue avant de voir.la silhouette dans la devanture, chap. I
- Les amants apprennent à se regarder sans se trahir, forts de l’aveuglement qu’ils ont mesuré autour d’eux.le jugement de Thérèse sur les habitués, chap. VII
Un regard qui accuse
- Le roman installe un lieu tout entier voué au regard : on y vient voir des morts, gratuitement, par simple curiosité.la Morgue, chap. XIII
- Le regard finit par échapper à celui qui l’exerce : Laurent ne peut plus peindre un visage sans y retrouver sa victime.les toiles du peintre, chap. XXV
- Regarder devient alors reconnaître : devant le cadavre, Laurent énonce lui-même ce qu’il a fait.Laurent devant le corps, chap. XIII
Un regard qui juge, et qui est celui du lecteur
- Mme Raquin, réduite à ses yeux, exerce la seule justice du roman : voir remplace punir.la scène de la table, chap. XXVII
- Son cerveau immobile ne fait plus que répéter ce qu’elle a vu : le regard devient une conscience.l’idée fixe de la paralytique, chap. XXVI
- Le parcours « anatomie des passions » se définit ainsi : apprendre à regarder ce qu’on voudrait ne pas voir.la comparaison avec le travail des chirurgiens, préface de 1868
Zola, ami des peintres et défenseur de Manet, écrit ici un roman d’yeux : que doit son naturalisme au regard des peintres de son temps ?