Le drame et le mélodrame sont des formes théâtrales fondées sur la scène forte, le coup de théâtre et l’affrontement des passions ; le roman naturaliste prétend, lui, à l’observation méthodique. Le sujet confronte donc le projet affiché du livre et la forme qu’il adopte.
L’héritage théâtral est-il une survivance dans le roman de Zola, ou l’instrument même de son efficacité ?
Le plan en trois parties
Une construction manifestement dramatique
- Le roman procède par scènes fortes, isolées dans des chapitres brefs, avec un décor et une lumière préparés comme au théâtre.la scène du canot au crépuscule, chap. XI
- La nuit de noces est une scène à faire, avec son attente, son sommet et son renversement.le cri de refus de Thérèse, chap. XXI
- Le coup de théâtre le plus pur du livre tient en une phrase interrompue et aussitôt retournée.l’accusation tracée sur la table, chap. XXVII
Mais le roman rompt avec les lois du mélodrame
- Le mélodrame récompense la vertu ; ici, les honnêtes gens sont des aveugles et nul n’est sauvé.le mépris de Thérèse pour son entourage, chap. VII
- Le traître de mélodrame est un scélérat ; Thérèse, elle, s’explique par une enfance et un mensonge appris.sa confidence à Laurent, chap. VII
- Le mélodrame fait triompher la justice ; ici, un mensonge suffit à faire bénir l’union des coupables.la fausse volonté de Camille, chap. XIX
Le théâtre est le moyen par lequel la thèse devient sensible
- Sans scène forte, la démonstration physiologique resterait une note de laboratoire : il faut le spectacle pour que le lecteur éprouve.la satisfaction des amants après le crime, chap. XVI
- Le roman invente d’ailleurs un personnage muet et immobile qui n’existe que par sa présence en scène.le mort couché entre les époux, chap. XXII
- L’accessoire tragique est fourni par le corps lui-même : une plaie visible que le spectateur ne peut quitter des yeux.la morsure au cou, chap. XI
Si le roman a besoin de la scène pour convaincre, le naturalisme est-il une théorie de la connaissance ou une esthétique de l’effet ?