La fatalité désigne un enchaînement que rien ne peut détourner, généralement rapporté à une puissance supérieure ; le déterminisme, lui, rapporte cet enchaînement à des causes naturelles. Le sujet demande lequel des deux mots convient à un roman qui se veut scientifique mais qui a la forme d’une tragédie.
Le roman raconte-t-il une fatalité, ou démontre-t-il un déterminisme ?
Le plan en trois parties
Tout paraît joué d’avance
- L’hérédité est désignée comme la cause première : ce qui éclate chez Thérèse lui vient d’un sang qu’elle n’a pas choisi.l’éveil des instincts de Thérèse, chap. VII
- Le milieu achève ce que l’hérédité a commencé : un corridor obscur et étroit, dont on ne sort pas.la description du passage, chap. I
- Les années d’immobilité ont préparé la catastrophe : la vie s’étend devant Thérèse sans qu’elle puisse y intervenir.l’existence étouffée de Thérèse, chap. III
Le récit multiplie pourtant les occasions et les seuils
- Le meurtre suppose un dimanche, une rivière, une barque et un soir : la contingence est nécessaire à l’accomplissement.la promenade au crépuscule, chap. XI
- Le mobile est un calcul d’intérêt, ce qui suppose une délibération et non un réflexe.le raisonnement de Laurent, chap. VI
- Un accident imprévu, la blessure reçue pendant la lutte, modifie tout le destin de Laurent : le hasard s’inscrit dans la chair.la morsure de Camille, chap. XI
La fatalité est une forme littéraire, le déterminisme une thèse
- Zola pense en déterministe mais compose en tragique : il lui faut la nécessité pour produire la terreur.l’étude des tempéraments annoncée, préface de 1868
- Le dénouement le prouve : il est physiologiquement explicable et théâtralement inévitable.la mort des deux époux, chap. XXXII
- La véritable loi du roman n’est pas un destin mais un rapport de forces : quand l’équilibre se rompt, tout est joué.l’équilibre des nerfs et du sang, chap. XXII
Racine faisait dire à Phèdre que Vénus est attachée à sa proie : que gagne et que perd le roman à remplacer Vénus par le sang et les nerfs ?