Être libre, c’est pouvoir agir autrement qu’on ne le fait ; le roman naturaliste, par principe, refuse cette possibilité à ses personnages. Le sujet demande si le texte tient ce principe, et si la lecture confirme une telle absence de liberté.
Le roman supprime-t-il la liberté de ses personnages, ou la montre-t-il comme une illusion dont ils ont besoin ?
Le plan en trois parties
Une liberté abolie par la physiologie
- Chaque personnage est d’abord un type constitutionnel, et ses actes découlent de cette donnée initiale.les appétits de Laurent, chap. V
- Le corps de Thérèse contient déjà, avant toute rencontre, l’énergie qui la jettera vers Laurent.la description de Thérèse, chap. II
- L’étreinte est un événement subi plus qu’accompli : elle se produit, sans parole et sans décision énoncée.la fin du chapitre VI
Une liberté que le récit ne peut s’empêcher de leur prêter
- Le crime est d’abord une idée formulée, examinée, laissée mûrir : c’est la conduite d’un sujet, non d’un mécanisme.l’évocation des accidents possibles, chap. IX
- La construction du mensonge qui rend le mariage possible est une œuvre de stratège.le récit inventé par Laurent, chap. XIX
- Thérèse prend une décision radicale sur son propre corps : elle refuse l’enfant et agit pour s’en défaire.la grossesse interrompue, chap. XXX
C’est cette illusion de liberté qui les rend tragiques
- Sans croyance en leur pouvoir d’agir, il n’y aurait ni faute ni terreur : la tragédie a besoin de personnages qui se croient libres.le recul horrifié de Thérèse, chap. XXI
- Le roman le dit nettement : les amants ont cru, un temps, avoir conquis leur bonheur par le crime.la satisfaction qui suit le meurtre, chap. XVI
- La préface tranche dans l’autre sens, mais c’est un texte de combat : le roman, lui, laisse le doute intact.les personnages dits dépourvus de libre arbitre, préface de 1868
Un personnage entièrement déterminé pourrait-il encore intéresser un lecteur, ou le roman a-t-il besoin, structurellement, de faire comme si l’on pouvait choisir ?