L’excès qualifie ce qui dépasse la mesure : hyperboles, couleurs violentes, insistance des motifs. Le sujet demande si cette impression, souvent formulée par les premiers lecteurs, rend compte d’un style qui se veut par ailleurs celui d’un observateur.
L’excès du style trahit-il le projet d’objectivité, ou en est-il l’instrument ?
Le plan en trois parties
Un texte qui force constamment le trait
- Le décor est immédiatement chargé d’une valeur criminelle : un passage ordinaire devient un lieu d’assassinat.le passage comparé à un coupe-gorge, chap. I
- Le cadavre est décrit avec une crudité qui fit scandale, et que le personnage lui-même souligne.Laurent commentant le corps exposé, chap. XIII
- Le paysage se met au diapason du crime, jusqu’à emprunter au vocabulaire du deuil.le crépuscule d’automne, chap. XI
Une écriture pourtant d’une grande économie
- Les moments décisifs sont dits en quelques mots : la blessure du meurtre tient en une phrase de geste.la morsure pendant la lutte, chap. XI
- Les explications sont réduites à des formules d’une sécheresse toute technique.l’équilibre des nerfs et du sang, chap. XXII
- La scène la plus brutale du roman est aussi la plus brève et la plus silencieuse.la fin du chapitre VI
L’excès est un protocole, non un emportement
- Forcer le trait, c’est rendre visible ce que l'œil ordinaire ne voit pas : c’est le geste même de l’anatomiste.la comparaison avec le travail des chirurgiens, préface de 1868
- Le grossissement est la condition d’un roman qui veut démontrer : on force la dose pour rendre l’effet lisible.la définition des personnages, préface de 1868
- L’excès a aussi une fonction morale inversée : il rend intolérable ce que les personnages, eux, trouvent d’abord agréable.le crime vécu comme une jouissance, chap. XVI
Le reproche de « littérature putride » adressé au roman en 1868 ne disait-il pas, malgré lui, la nouveauté de cette écriture ?