La pitié suppose que l’on reconnaisse en autrui une souffrance non méritée ; or Thérèse est complice d’un meurtre et cruelle envers une infirme. Le sujet met en jeu la place que le roman assigne à son lecteur, entre compassion et regard clinique.
Le roman autorise-t-il la pitié, ou la retire-t-il méthodiquement à son lecteur ?
Le plan en trois parties
Thérèse est d’abord construite comme une victime
- Des années de boutique lui ont ôté toute possibilité d’avenir : elle voit sa vie s’étendre devant elle, déjà finie.l’existence murée de Thérèse, chap. III
- Elle est réduite à une silhouette derrière une vitre : un objet exposé, que les passants aperçoivent sans la voir.le visage entrevu dans la devanture, chap. I
- Elle dit elle-même la violence de sa dissimulation : des années de douceur apparente sur un fond de rage.la confidence à Laurent, chap. VII
Elle devient pourtant un bourreau
- Elle accepte un crime dont le mobile est sordide, un calcul d’installation et de confort.le raisonnement d’économie de Laurent, chap. VI
- Sa cruauté envers Mme Raquin est gratuite : elle se déchaîne devant une femme qui ne peut ni fuir ni répondre.l’idée fixe de la paralytique, chap. XXVI
- Elle tourne sa violence contre son propre corps et contre ce qui pourrait en naître.la grossesse supprimée, chap. XXX
Le roman refuse le partage et demande autre chose que la pitié
- En supprimant le libre arbitre, Zola interdit le mouvement de compassion et impose la compréhension des causes.la définition des personnages, préface de 1868
- La mise en cause de l’hérédité déplace la question : on ne plaint pas un sang, on l’analyse.l’hérédité invoquée au chapitre VII
- Le véritable objet de pitié serait ailleurs : dans cette existence d’ensevelie vivante que le roman décrit dès les premières soirées.l’hallucination du caveau, chap. IV
Comprendre les causes d’un crime, est-ce déjà l’excuser, comme le reprochait la critique de 1868 à Zola ?