Le témoin voit sans agir ; il enregistre et, éventuellement, rapporte. Le sujet interroge le statut de la mère de Camille, d’abord effacée, puis paralysée, et pourtant présente à la dernière ligne du livre.
L’immobilité de Mme Raquin la réduit-elle au rôle de spectatrice, ou lui confère-t-elle une autre puissance ?
Le plan en trois parties
Une figure longtemps en retrait
- Dans la première partie, elle n’est que l’organisatrice de soirées médiocres, dont elle ne soupçonne pas l’effet sur sa nièce.les réceptions du jeudi, chap. IV
- Elle règne sur une boutique et une vitrine, et ne voit de Thérèse que l’apparence qu’elle y présente.la devanture de la mercerie, chap. I
- La Morgue, où l’on vient reconnaître son fils, la traverse sans qu’elle y comprenne rien : elle subit le récit des autres.l’identification du corps, chap. XIII
Une spectatrice absolue après l’attaque
- Privée de mouvement et de parole, elle devient un cerveau qui ne fait plus que répéter une seule vérité.l’idée fixe qui la broie, chap. XXVI
- Sa seule tentative d’action, la phrase tracée du doigt, échoue faute de forces et se retourne contre elle.l’accusation inachevée, chap. XXVII
- Elle assiste aux nuits du couple comme à un spectacle : le troisième personnage de la chambre a désormais un public.le mort couché entre les époux, chap. XXII
Le témoin devient juge
- Parce que tous les autres sont aveugles, ce regard privé d’action devient la seule instance morale du roman.l’aveuglement des habitués, chap. VII
- La dernière page lui donne le dernier mot en lui donnant le dernier regard : elle contemple les corps tombés.la scène finale, chap. XXXII
- Elle accomplit ainsi ce que Laurent avait ébauché à la Morgue : regarder un cadavre et le reconnaître pour ce qu’il est.Laurent devant le corps exposé, chap. XIII
Confier le dernier regard d’un roman à un personnage muet, n’est-ce pas définir la place même que Zola assigne à son lecteur ?