Un décor comique serait un ensemble de figures plaisantes, sans rôle dans l’action, destinées à détendre le récit. Or les invités du jeudi reviennent régulièrement, jusqu’aux dernières pages : le sujet demande quelle fonction leur retour assure.
Ces figures secondaires sont-elles un ornement, ou une pièce essentielle de la démonstration du roman ?
Le plan en trois parties
Des fantoches, traités avec une ironie constante
- Le roman les réduit à une mécanique sans vie, perçue par Thérèse comme un cortège funèbre qui se répète chaque semaine.l’hallucination du caveau, chap. IV
- Leur médiocrité est pointée par les amants eux-mêmes, qui les jugent incapables de rien voir.le mépris de Thérèse pour les habitués, chap. VII
- Ils ne perçoivent de la maison que ce que la devanture leur en montre : leur regard s’arrête à la vitrine.la boutique et sa façade, chap. I
Une fonction structurelle décisive
- Ils sont les artisans involontaires du remariage, donc du dénouement : sans eux, l’union serait restée impossible.le mensonge accepté par l’entourage, chap. XIX
- Ils produisent l’ironie tragique la plus forte du livre en retournant l’accusation en compliment.la lecture erronée de la phrase tracée, chap. XXVII
- Ils sont le public devant lequel Mme Raquin échoue : sans eux, son accusation n’aurait même pas de destinataire.l’idée fixe de la paralytique, chap. XXVI
Ils incarnent le milieu qui rend le crime possible
- Leur aveuglement n’est pas une sottise individuelle : c’est celui d’un monde clos, à l’image du corridor où il se tient.la description du passage, chap. I
- Le comique devient alors accusateur : rire d’eux, c’est mesurer l’épaisseur du monde où Thérèse suffoque.la vie sans horizon de Thérèse, chap. III
- Ils rendent le lieu plus inquiétant encore : rien n’est plus propice au crime qu’une société qui se croit rassurante.le passage comparé à un coupe-gorge, chap. I
Le comique de ces soirées n’annonce-t-il pas la satire sociale que Zola déploiera dans Pot-Bouille, où l’immeuble entier ne voit rien ?