Un décor situe l’action sans la déterminer ; un milieu, au sens que le naturalisme donne au mot, agit sur les êtres qui y vivent. Le sujet demande à quel titre le lieu qui ouvre le roman revient à ce point dans le livre.
Le passage est-il le cadre de l’histoire ou l’une de ses causes ?
Le plan en trois parties
Un décor exactement observé
- L’ouverture procède par relevé : on entre dans le passage par une rue nommée, on en éprouve l’étroitesse et l’obscurité.l’incipit du roman, chap. I
- Le lieu est saisi à différents moments du jour, avec ses ombres et ses bruits : c’est une observation suivie, non une vue unique.le passage au crépuscule, chap. I
- La boutique y est décrite de l’extérieur, telle que la voient les passants : le roman adopte d’abord leur point de vue.la devanture de la mercerie, chap. I
Un milieu qui produit ses habitants
- L’ombre humide et le silence y engourdissent Thérèse pendant des années : le lieu fabrique son apathie.l’existence étouffée de Thérèse, chap. III
- Ce milieu comprime une énergie physique intacte : plus la contrainte dure, plus la détente sera violente.la description du corps de Thérèse, chap. II
- Il produit aussi la société qui l’habite : les soirées du jeudi sont l’exacte projection sociale de ce corridor.les habitués perçus comme des pantins, chap. IV
Un symbole qui commande tout le livre
- Le passage est un tombeau avant le meurtre : le roman commence par un caveau et finit par deux cadavres au même endroit.la dernière page, chap. XXXII
- Il double la Morgue : deux lieux de verre où l’on expose ce qui se décompose.la Morgue ouverte à tous, chap. XIII
- Il annonce la couleur du roman entier : l’obscurité et l’eau, qui reviendront au moment du crime.le crépuscule sur la Seine, chap. XI
Si un lieu peut à ce point produire des destinées, le naturalisme n’est-il pas d’abord un art de la description ?