La parole est le moyen ordinaire de l’échange et de l’aveu ; le silence peut être une contrainte, une dissimulation ou une intensité. Le sujet invite à observer un roman où l’on parle beaucoup pour ne rien dire et où l’essentiel se joue sans voix.
Le silence est-il dans ce roman une privation, ou le lieu où la vérité finit par se dire ?
Le plan en trois parties
Des personnages tenus au silence
- Thérèse a fait du mensonge une seconde nature : des années de douceur apparente couvrent une violence muette.la confidence à Laurent, chap. VII
- La scène décisive du désir ne comporte pas un mot : le roman souligne lui-même cette absence de parole.la fin du chapitre VI
- Le meurtre lui-même se passe dans un paysage que le roman décrit comme d’un calme douloureux.le crépuscule sur la Seine, chap. XI
Une parole sociale qui ne dit rien
- Les soirées du jeudi sont un bruit vide, une mécanique de propos et de gestes répétés.les habitués perçus comme des pantins, chap. IV
- Quand les époux finissent par parler, c’est pour se déchirer : la parole devient arme, non communication.la haine conjugale, chap. XXVIII
- L’unique phrase vraie du roman est interrompue, puis retournée en compliment par ceux qui la lisent.l’accusation sur la table, chap. XXVII
Le silence devient signification
- Privée de voix, Mme Raquin pense sans relâche une phrase unique : le silence a son langage, obstiné et clair.l’idée fixe de la paralytique, chap. XXVI
- La dernière scène du roman, presque muette, dit plus que tous les discours qui l’ont précédée.la mort des deux époux, chap. XXXII
- Les rares paroles qui portent sont celles qu’on s’adresse à soi-même, devant un corps qui ne répond plus.Laurent devant le cadavre, chap. XIII
Un roman qui fait du mutisme sa forme la plus haute ne met-il pas en cause la puissance qu’on prête d’ordinaire au langage ?