Le dégoût est une répulsion physique devant ce qui est perçu comme sale ou corrompu ; il s’oppose au plaisir que l’on attend d’une œuvre. Le sujet reprend l’accusation portée contre le roman en 1868, qu’un critique avait qualifié de « littérature putride ».
Le roman ne produit-il que de la répulsion, ou le dégoût y est-il le moyen d’un autre effet ?
Le plan en trois parties
Le roman organise méthodiquement le dégoût
- Les lieux sont saisis par leur saleté et leur menace : le décor initial tient du cloaque autant que du coupe-gorge.le passage, chap. I
- Le cadavre est montré dans son état, et le meurtrier lui-même le désigne comme repoussant.Laurent devant le corps, chap. XIII
- Le corps de Thérèse subit à son tour une violence que le roman ne nous épargne pas.la grossesse interrompue, chap. XXX
Mais le dégoût est un instrument de connaissance
- Il faut avoir vu le corps mort pour comprendre le corps vivant : c’est le postulat même de l’anatomie.la comparaison avec le travail des chirurgiens, préface de 1868
- Le dégoût arrache le lecteur à l’illusion romanesque de la passion en lui montrant une étreinte sans un mot d’amour.la fin du chapitre VI
- Il produit une pensée du corps que le roman psychologique, par délicatesse, s’interdisait.la définition des personnages, préface de 1868
D’autres plaisirs de lecture, plus anciens et plus puissants
- Le roman fonctionne comme un récit criminel : le lecteur suit une jouissance coupable et en attend la sanction.l’apaisement des amants après le crime, chap. XVI
- Il ménage un suspense social : tout le milieu du roman pourrait découvrir la vérité, et ne la découvre jamais.le mensonge accepté par l’entourage, chap. XIX
- Il offre enfin le plaisir du spectacle : un lieu public où l’on vient regarder ce qu’il est interdit de regarder.la Morgue ouverte à tous, chap. XIII
Baudelaire écrivait quelques années plus tôt des poèmes de la charogne : le laid est-il devenu, au XIXe siècle, la condition d’un art vrai ?