Le romantisme exalte la passion fatale, la solitude de l’être d’exception et la sublimité de la souffrance ; le roman de 1867 se présente au contraire comme une étude de tempéraments. Le sujet demande si la rupture est aussi complète que l’auteur le prétend.
Le roman rompt-il avec le romantisme, ou en retourne-t-il les motifs contre lui-même ?
Le plan en trois parties
Un héritage romantique visible
- La scène de la nuit de noces, avec son cri d’horreur et son spectre, appartient au répertoire du roman noir.le refus de Thérèse, chap. XXI
- Le mort qui s’interpose physiquement entre deux amants est un motif directement emprunté au fantastique romantique.la place vide dans le lit, chap. XXII
- L’origine étrangère de l’héroïne, invoquée pour expliquer sa violence, relève de l’imaginaire exotique du siècle.l’hérédité maternelle, chap. VII
Une rupture systématique
- Les personnages ne sont pas des êtres d’exception mais des commerçants et des employés, vus à travers une devanture.la boutique du passage, chap. I
- La passion n’élève pas : elle dégrade, et finit en scènes de ménage sordides.la haine conjugale, chap. XXVIII
- Aucun idéal ne vient racheter cette existence : l’horizon de Thérèse est une vie nue, sans consolation ni ailleurs.l’avenir qu’elle entrevoit, chap. III
Un romantisme retourné, qui donne naissance au naturalisme
- Zola conserve l’énergie du romantisme noir et lui retire sa métaphysique : reste la puissance des corps.l’étude des tempéraments annoncée, préface de 1868
- Le sublime romantique est remplacé par une beauté physique brutale, décrite comme on décrit une bête de somme.le corps de Laurent examiné par Thérèse, chap. V
- La fatalité romantique devient une mécanique mesurable : ce qui gouverne les êtres est un rapport de forces.l’équilibre des nerfs et du sang, chap. XXII
Faut-il lire le naturalisme comme l’ennemi du romantisme, ou comme son héritier le plus conséquent, qui en aurait tiré toutes les conclusions ?