Décrire, c’est donner à voir un lieu, un objet, un visage ; mais la description romanesque peut aussi expliquer, symboliser ou faire sentir. Le sujet invite à mesurer ce que les longues pages descriptives de Zola font, au-delà du tableau réaliste.
La description zolienne se contente-t-elle de représenter le réel, ou est-elle l’instrument même de la démonstration romanesque ?
Le plan en trois parties
Une description d’abord documentaire
- L’ouverture du roman est un relevé topographique : on situe le passage dans Paris, on en donne l’orientation, les dimensions, le vitrage.l’incipit et la localisation du passage, chap. I
- La devanture de la mercerie est décrite avec ses marchandises et sa lumière : le commerce est saisi dans son usure quotidienne.la boutique et la silhouette qu’on y aperçoit, chap. I
- Les pages sur la Morgue relèvent du reportage : Zola décrit une institution que les Parisiens visitaient réellement.la Morgue ouverte à tous les passants, chap. XIII
Une description qui explique les personnages
- Le lieu est un milieu au sens médical : l’ombre humide et le silence de la boutique produisent l’engourdissement de Thérèse.Thérèse dans l’ombre de la mercerie, chap. III
- Décrire le corps de Thérèse, c’est déjà annoncer ce qui en sortira : la description contient le récit à venir.les muscles et la souplesse de Thérèse, chap. II
- Décrire Laurent, c’est déjà désigner l’instrument du meurtre : sa force est posée avant d’être employée.la nuque et les poings de Laurent, chap. V
Une description qui bascule du côté de l’hallucination
- Au moment du crime, le paysage cesse d’être observé pour devenir menaçant : le soir tombe comme une étoffe funèbre sur la scène.le crépuscule d’automne sur la Seine, chap. XI
- Après le crime, c’est le regard détraqué de Laurent qui décrit : ses toiles lui renvoient un visage qu’il n’a pas voulu peindre.les portraits qui reproduisent le noyé, chap. XXV
- Le décor lui-même finit par accuser : le passage n’est plus un lieu mais une menace, un guet-apens permanent.le passage devenu sinistre, chap. I
Si la description peut ainsi passer du document à l’hallucination, la frontière que le naturalisme trace entre observer et imaginer tient-elle encore ?